Rugby-Mondial-2007 : Des «braves» en jambes et en promotion

Rugby-Mondial-2007 : Des «braves» en jambes et en promotion

La Namibie, un des premiers coups de cœur du Mondial-2007 pour sa résistance à l’Irlande (17-32), est portée en France par son physique, travaillé comme jamais, et le désir d’exhiber ses jeunes talents amateurs en vue d’un avenir professionnel impossible au pays.
«Namibie, terre des Braves…». Les amateurs et semi-pros du sud-ouest africain, prochain adversaire de la France dimanche dans la poule D, ont fait honneur aux paroles de leur hymne national en tenant 80 minutes d’intensité et de discipline défensives quand on leur prédisait l’écroulement.
Mondial-2003 : la Namibie avale un
142-0 contre l’Australie. 2007: elle fait honte à l’Irlande, menacée (17-27) à l’heure de jeu par deux essais de haut vol. Que s’est-il passé en quatre ans, dans le pays d’Afrique australe où les rugbymen évoluent, littéralement, dans le désert (1500 licenciés adultes).
«La différence est que ce XV est le mieux préparé que la Namibie ait envoyé à un Mondial», explique l’entraîneur Hakkies Husselman. Grâce aux fonds débloqués par l’International Rugby Board (IRB, organe suprême du rugby) pour les nations «mineures» depuis 2003-04, un préparateur physique coté et un coach des avants venus de la formation sud-africaine des Northern Bulls (vainqueur du Super-14) ont fait trimer les Namibiens en spartiates depuis trois mois avec les moyens du bord.
L’Afrique du Sud a prêté une salle de musculation «mobile» installée en plein air, les joueurs sont venus matin et soir, avant et après le travail, s’y entraîner, dehors par des températures de 5-6 degrés, y ajoutant des exercices à base de pneus tractés, lancés, des renforcements ciblés de parties du corps.
«Quand j’ai rejoint le camp d’entraînement de la sélection, j’en ai bavé malgré ma préparation professionnelle avec les Coastal Sharks (équipe sud-africaine du super-14)», s’amuse le pilier et capitaine Kees Lensing, un des six professionnels du groupe.
Résultat : là où Husselman avouait des craintes sur le cap décisif de l’heure de jeu, ses joueurs ont tenu bon, se sont du coup enhardis et, face aux O’Driscoll, d’Arcy et Hickie, ont lâché leurs jambes et leur inspiration, à l’image de l’ailier Ryan Witbooi, 22 ans (1,91 m, 87 kg), désigné « joueur IRB du match ».
«Je suis si ému, c’est la première fois que cela m’arrive», expliquait le jeune métis, les yeux dans les étoiles, pour qui tout allait un peu vite dimanche soir: premier Mondial, première «distinction» d’homme du match, première rencontre devant un public (31.000) de cette ampleur, tour d’honneur… Encore quelques affaires. «Tous ces jeunes amateurs n’ont aucune exposition en Namibie et pas assez de compétition pour en vivre, même pas un match tous les week-ends», explique Husselman. «Le sport n’y est pas télévisé, et peu de recruteurs viennent voir les Namibie-Portugal ou Namibie-Maroc en Coupe des nations…».
«Ils jouent vraiment pour l’amour du jeu, poursuit Lensing. Alors le Mondial est une opportunité extraordinaire pour démontrer qu’ils valent un contrat dans un club professionnel en Europe, y vivre de leur rugby, et revenir injecter du professionnalisme en Namibie.» 
Pleurez, recruteurs: Witbooi a quitté son boulot d’informaticien et a signé un pré-contrat pour après le Mondial avec le club roumain de Constanza, comme Jantjies, Losper, Kazombiaze. Et Aurillac (D2 française) a fait une affaire du tonnerre pour 2007-08 avec le saignant N.8 Jacques Burger… Restent encore quelques affaires, et trois matches pour admirer le coeur des Braves.

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