Scandale du Calcio : après le choc, les compromis

Extraordinaire scandale, la découverte d’un vaste réseau destiné à arranger les résultats des matches de football en Italie n’a finalement pas eu les effets dévastateurs annoncés; la justice, faute d’aveux ou de preuves matérielles irréfutables, s’étant résolue à sanctionner a minima.
Certes, la Juventus Turin, au cœur de ce réseau via son ex-directeur général Luciano Moggi, s’apprête à disputer la première saison de son histoire en Série B (2e division). En effet, des institutions comme l’AC Milan de Silvio Berlusconi, la Lazio Rome et la Fiorentina ainsi que la Reggina vont redémarrer en Série A dès samedi avec des points de pénalité.
Mais bien que le procureur de la Fédération italienne (FIGC) ait réclamé la relégation de tous ces clubs en 2e ou 3e division, rien n’empêche plus aujourd’hui l’AC Milan de s’offrir un doublé "scudetto"-Ligue des champions en 2007.
La publication dans la presse de retranscriptions de centaines d’heures de conversations téléphoniques, impliquant dirigeants de clubs, responsables de la Fédération et de la Ligue ainsi que des arbitres, avait provoqué un “tremblement de terre“ sans précédent au printemps. Le parquet de Naples, à l’origine de l’enquête, dévoilait un vaste réseau, patiemment tissé et très enraciné dans la péninsule, et dont Luciano Moggi, un des hommes les plus puissants du Calcio, constituait la figure de proue : ce système permettait à certains clubs d’obtenir un arbitrage favorable.
Mais selon l’accusation, les choses étaient faites avec suffisamment de subtilité, sans échanges d’enveloppes ni de valises de billets, pour qu’il soit finalement impossible de prouver la réalité des trucages.
Malgré des extraits d’écoutes téléphoniques parfois accablants, les juges du tribunal sportif se trouvèrent bien en peine de démontrer que le délit était consommé sur la pelouse. Stefano Palazzi, procureur de la FIGC, a ainsi décrit la mise en place d’un "système sophistiqué": dans des conversations avec des dirigeants de la FIGC, "Moggi laisse entendre que les interventions arbitrales (en faveur de son club) ne doivent être utilisées que lors d’actions douteuses" et non pas sur des phases de jeu sans contestation possible, le tout pour ne pas créer "d’impression négative dans l’opinion publique".
Faute de preuves donc, faute du moindre aveu aussi – «Nous réclamions simplement un arbitrage de meilleure qualité», se sont défendus en chœur les prévenus-, les juges ont ainsi dû sanctionner des mœurs, en l’occurrence la fâcheuse tendance des dirigeants à converser secrètement avec des responsables de la Fédération. Marche arrière Si, en première instance, les peines furent sévères (tous les clubs relégués avec points de pénalité, à l’exception de l’AC Milan), le jugement en appel réintégra tout le monde en Série A – permettant même à Milan de disputer la Ligue des champions -, exception faite de la Juventus (17 points de pénalité en Série B, titres 2005 et 2006 retirés). Arguant d’une "disproportion des peines" et des dangers que la relégation faisait courir sur ses finances, la Juve a ensuite envisagé de demander sa réintégration en Série A à la justice ordinaire. Au dernier moment, le club a fait marche arrière de crainte de se voir une nouvelle fois pénalisé car les statuts de la Fédération interdisent de tels recours. Néanmoins, la Juve, comme les autres clubs, peut encore espérer des sanctions revues à la baisse devant la cour arbitrale du Comité national olympique (Coni), dernière instance de juridiction sportive en Italie, vers laquelle tous se sont tournés. Au final, plutôt que du grand coup de balai annoncé, c’est plutôt d’un nuage de fumée dont il faudra parler.

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