Sport de haut niveau : Le revers de trop

Sport de haut niveau : Le revers de trop

Des Olympiades de Londres durant l’été 2012 aux Mondiaux d’athlétisme de Moscou ce mois d’août, le sport dit de haut niveau marocain a reçu en moins d’un an deux coups de massue dont on doute qu’il se remettra de sitôt. Deux revers qui font douter de l’efficacité de la stratégie suivie pour remettre à flot l’esquif de l’athlétisme et qui, en même temps, donnent raison à ceux, de plus en plus nombreux, qui pensent que le mal qui ronge le sport est plus profond qu’il n’y paraît. Parmi eux, Mohamed Moustaoui et Abdelaati Iguider, deux représentants de l’athlétisme marocain les plus crédibles qui ont tiré à boulets rouges sur la fédération l’accusant d’être à l’origine du fiasco moscovite.

Ce faisant ils rejoignent Saïd Aouita, ancien grand champion des courses de demi-fond et ex-directeur technique de l’équipe d’athlétisme. Commentant les jeux pour la chaîne de télévision qatarie Al Jazzera, ce dernier a laissé entendre que les résultats catastrophiques obtenus à Moscou, et qui lui semblent se situer dans la logique des prémices de Londres où Iguider a été l’un des rares à revenir avec du bronze, sont la conséquence de la politique «à courte vue», suivie par le management actuel. Il a estimé que la poursuite effrénée du résultat immédiat a conduit à des dépassements qui ont discrédité le sport marocain à l’international.

Il a conseillé de prendre exemple sur le modèle américain qu’il décrit comme un processus de longue haleine visant à former dans des centres à dimension humaine, des athlètes  spécialisés dans des distances déterminées. Cependant les critiques les plus dures à l’encontre de l’athlétisme marocain sont venues de Abdelaati Iguider, le médaillé de Londres. Il a jugé que la fédération d’athlétisme ne tient pas ses obligations envers  ses affiliés et que livrés à eux-mêmes, ces derniers en ont perdu «l’envie de se battre». Il a affirmé qu’il n’a toujours pas reçu le complément des gains qui lui ont été promis, que c’est en  misant de sa poche qu’il s’est rendu à Moscou, et qu’au demeurant il n’est pas le seul à être dans ce cas.

Comment alors avoir le moral dans ces conditions ?, s’est-il interrogé. Il n’est pas le seul puisque de plus en plus  nombreux sont les analystes qui se demandent où va le sport marocain. Des athlètes qui font pâle figure à chacune de leur participations aux grandes manifestations internationales, des footballeurs qui perdent pied avec ou sans CAN (Coupe d’Afrique des Nations), depuis une décennie, le sport marocain ne fait plus vibrer les foules des aficionados. Pire, il suscite leur colère à chaque rencontre. 

Londres et Moscou pour l’athlétisme, la Coupe du monde et  la CAN pour le football… la suite des  cuisants échecs pose la question de l’efficacité de la stratégie du gouvernement. Cette stratégie est-elle capable de redonner du tonus au sport marocain ? Comme tous ceux qui l’ont précédé, celui qui en est le maître d’œuvre, l’actuel ministre de la jeunesse et des sports, s’en fait l’avocat zélé. Il en rappelait dernièrement l’axe central : pour  produire un athlète de qualité, il faut avoir formé 1.000 sportifs de bon niveau en amont et, plus avant encore, en remontant aux sources, avoir longuement accompagné quelque 10.000 affiliés aux clubs et aux centres de formation. Il a également jugé que pour être efficace, une stratégie de promotion du sport doit être basée -en priorité – sur des engagements réciproques déterminant les obligations des uns et des autres. C’est dans ce cadre que le ministère de la jeunesse et des sports a signé dernièrement une série de contrats-programmes avec les différentes fédérations. Celle de l’athlétisme en particulier.

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