Tour de France : que de souffrances

Tour de France : que de souffrances

Conscient d’avoir laissé filer une chance majeure de s’habiller en jaune, Jean-Patrick Nazon n’a pas trop attendu pour se réhabiliter. Il atteindra cet objectif vingt-quatre heures plus tard, au prix d’une succession d’efforts, aussi bien de sa part que de celle de son équipe, la petite formation Jean Delatour, qui a bataillé ferme afin d’accéder à ce bonheur unique. Depuis sa création en 1919, 78 coureurs Français ont eu ce privilège, le dernier en date étant François Simon il y a deux ans. Plus scintillant que tous les bijoux du monde réunis, le Maillot Jaune séduit par les valeurs qu’il incarne. Jean Delatour n’avait jamais possédé un joyau aussi gracieux. Le Français était donc en jaune au départ de la quatrième étape du Tour de France, un contre-la-montre par équipes de Joinville à Saint-Dizier, soit un parcours de 69 kilomètres. La route passe par une petite côte, trois kilomètres après Joinville, avant de retrouver un tracé souvent rectiligne et rapide. Pour sa part, poussé par un fort vent arrière, Anthony Geslin filait à grand train vers l’arrivée lors de la troisième étape, pointée à 90 km de son point de sortie. Mais sur une étape qui se déroule à plus de 48 km/h de moyenne, Anthony est condamné. Il s’incline à 15 km de Saint-Dizier. Les sprinters peuvent alors entrer en scène. En cela, l’absence de Cipollini, justement, pose un problème. Aucune équipe ne se dévoue pour emmener le peloton et on dénombre beaucoup trop de sprinters dans les premières positions. La roue d’Alessandro Petacchi (Fassa Bortolo) est chargée. Ils sont trois dans son sillage : René Haselbacher (Gerolsteiner), Robbie McEwen (Lotto-Domo) et Baden Cooke (FDJeux.com). C’est le coude à coude. Coincé, Haselbacher cherche une solution, mais il perd le contrôle de sa machine à 70 km/h. Son épaule touche celle de McEwen, lequel est projeté contre Cooke. Les deux Australiens s’en tirent en fins acrobates. Haselbacher n’aura pas cette chance et finira sa course dans les talus. Avec beaucoup de style, Alessandro Petacchi se détache et s’envole vers sa seconde victoire d’étape sur le Tour. Entre temps, les autres coureurs contournaient le vélo de l’Autrichien, ce ne sera pas le cas de Iñigo Landaluze. Ce nouvel incident finira par éliminer Cooke et McEwen de l’emballage final, laissant la voie entièrement libre à Petacchi. Il est à souligner que le Centenaire du Tour de France a été caractérisé par des chutes à foison. La formation néerlandaise récolte, à elle seule, un lot effrayant. En effet, il y a eu dimanche la chute dans le sprint du leader Levi Leipheimer, victime d’une fracture du bassin et contraint à l’abandon. Tout comme son équipier Marc Lotz, dont les plaies au visage étaient très profondes. Mardi, c’est le leader de rechange, Michaël Boogerd, vainqueur de l’étape de La Plagne l’an dernier, qui s’est affalé violemment dans la zone du contrôle de ravitaillement. Le genou ouvert, il est parvenu à rallier Saint-Dizier, mais a aussitôt gagné l’hôpital pour qu’on lui pose des points de suture. Le Tour de France vire ainsi au cauchemar pour Rabobank si, de surcroît, l’on prend en considération que le jeune Remmert Wielinga, révélation du dernier Critérium du Dauphiné-Libéré, est malade depuis deux jours.

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