Une star et un outsider

Une star et un outsider

Les Mondiaux de Paris se sont clos dimanche dernier, avec des éclats de joie pour les uns, des larmes de déceptions pour d’autres. Mais un constat demeure de mise : notre athlétisme à nous semble bien dépassé dans la course au titre. Trois médailles, deux en or et la troisième en argent. Telle est ce à quoi se réduit la moisson marocaine dans ces épreuves. Avec tout au moins, des plus, précisément deux sources de réconfort. A commencer par celle du porte-drapeau de l’athlétisme national, le fils prodige non seulement de Berkane mais de tout le Maroc, Hicham El Guerrouj. La star a brillé de tout son éclat, et plutôt deux fois qu’une. Après l’or du 1500m, notre champion a gagné une médaille d’argent sur le 5000m. Hicham El Guerrouj voulait ce doublé, et tout un peuple avec lui. Mais ce soir-là au Stade de France, les lois de la piste en ont décidé autrement. Quatre malheureux centièmes de seconde ont ainsi privé notre champion d’une médaille d’or synonyme de doublé historique 1500m/5000m. Cette finale, réunissant le gratin du demi-fond et du cross-country mondial, n’a pas souri aux deux favoris, le Marocain Hicham El Guerrouj, quadruple champion du monde du 1500m et l’Ethiopien Bekele Kenenisa, médaillé d’or sur le 10.000m. Le Kenyan Eliud Kipchoge, du haut de ses 18 printemps, a volé la vedette aux deux champions en titre, en décrochant la médaille d’or après avoir parcouru la distance en 12min 52sec 79/100. Champion du monde en titre du cross-country juniors, le Kenyan a établi par là-même un nouveau record des championnats qu’un autre Marocain, Salah Hissou, avait établi à Seville (12:58.13). Mais même en argent, notre champion a brillé de mille feux. Notre Hicham était très content de sa médaille. Il ne faut pas oublier que disputer un doublé en l’espace de quelques jours est une mission très fatigante sur le plan physique. Et la programmation ne l’a pas beaucoup aidé. Le prodige de l’Oriental a ainsi couru trois courses, dont deux tours éliminatoires au 1.500m. Il a été également obligé de prendre le départ de la demi-finale du 5000m le lendemain de sa course victorieuse sur sa distance de prédilection. En outre, et tout au long de la course de dimanche, El Guerrouj a souffert de la concurrence des Kenyans et Ethiopiens qui se sont donnés au maximum pour l’obliger à lâcher. Même le rythme rapide qu’ils ont imposé à la course n’a pas perturbé le Marocain qui a vu l’or s’envoler au bout d’un finish explosif durant lequel le Kenyan Kipchoge a eu le dernier mot. Cette course demeure « une bonne et dure première expérience du 5.000 m des mondiaux. Le rythme n’est pareil que dans le 1.500m et ce résultat me motive davantage », a déclaré le vice-champion du monde de la distance lors de la conférence de presse. Grandiose, Hicham El Guerrouj l’était lors de ces XIèmes championnats du monde qui se sont clos dimanche. A lui seul, le quadruple champion du monde a glané deux des trois médailles marocaines, l’or sur le 1500m et l’argent du 5000m. L’hymne national a également été joué une deuxième fois dans l’enceinte du Stade de France. Jaouad Gharib a, en effet, créé la surprise en s’imposant majestueusement sur l’épreuve du marathon. Mais, deux exploits personnels peuvent-ils redorer le blason d’une discipline qui passionne tout un peuple ? La participation des 21 autres athlètes marocains qui ont fait le déplacement à la capitale française a été très terne, à quelques exceptions près, celle, bien sûr, de la paire El Guerrouj-Gharib et de Mina Aït Hammou, quatrième sur le 800m. La déception a été grande sur le 3000m steeple, où Ali Ezzine et Abdelkader Hachlaf, qui ont pourtant atteint la finale, se sont classés 10ème et dernier. Il en était de même pour nos Marocaines engagées sur le 5000m, Zahra Ouaâziz et Zhor El Qamch. Cela, sans compter les abandons et autres disqualifications comme celle de Khalid Tighazouine au 800m. A Paris, le Maroc a occupé la 9ème place derrière trois nations africaines, l’Ethiopie (3ème), l’Afrique du Sud et le Kenya (partageant la 7ème place). Notre pays, pépinières d’athlètes à grand potentiel, ne mérite-t-il pas une place meilleure sur l’échiquier athlétique international ? Nous avions bien terminé cinquièmes aux Mondiaux de Séville en 1999. Nos athlètes avaient alors glané cinq médailles : deux en or, deux en argent et une en bronze. C’était pendant un temps où le Maroc pouvait se prévaloir d’être la nation d’athlétisme par excellence, grâce à des individualités qui en faisaient frissonner plus d’un, mais jamais à travers une politique de développement de cette discipline.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *