24 heures

«Espagnols ! Franco n’est pas mort»

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Le 20 novembre 1975, Carlos Arias Navarro, alors président du gouvernement, annonçait, la voix étranglée par l’émotion et les yeux retenant difficilement les larmes, au peuple espagnol à travers une déclaration télévisée la mort du général Francisco Franco. «Espagnols ! Franco est mort», avait-il annoncé. Une phrase qui augurait de l’ouverture d’une nouvelle étape de l’histoire de l’Espagne. Un pays qui allait opérer l’une des transitions démocratiques les plus réussies.
En l’espace des trois ans qui suivirent le décès du généralissime, les exilés rentrent au pays, l’interdiction touchant des partis politiques est levée, un pacte pour ressusciter l’économie est mis en place, une constitution démocratique est adoptée, et des statuts d’autonomie sont accordés à des régions ayant une spécificité culturelle.
Tout a été bouclé en l’espace de trois ans grâce à une idée que nul ne peut, aujourd’hui, prétendre en être l’initiateur, à savoir tourner la page sans la lire en adoptant le fameux principe du «Amnistie-amnésie». Tous les Espagnols ont admis ce principe et ont décidé d’une manière presque spontanée de ne pas remuer un passé douloureux afin d’éviter la confrontation à un moment où le besoin de renforcer la cohésion entre tous les Espagnols était vital.
Aujourd’hui, et pour le même besoin, à savoir ressouder les liens de l’union entre les différentes sensibilités politiques et nationalistes espagnoles, le gouvernement socialiste a remis sur la table une affaire ajournée pendant plus de trois décennies : la réparation des torts causés par la dictature de Franco. Aussi, le gouvernement Zapatero a-t-il élaboré et fait adopter par le Sénat, le 31 octobre dernier, la «Loi de la mémoire historique».  Cette loi se veut une manière de réhabiliter les droits des victimes du franquisme. «La présente loi a pour but de reconnaître et d’étendre les droits de ceux qui ont été victimes de persécution ou de violence pour des raisons politiques ou idéologiques, pendant la Guerre Civile et la Dictature, promouvoir la réparation morale et la récupération de leur mémoire personnelle et familiale», explique le préambule du texte avant de préciser la finalité de l’action : «tout cela afin de favoriser la cohésion et la solidarité entre les diverses générations d’Espagnols autour des principes, de valeurs et de libertés constitutionnelles».
32 ans après sa mort, Franco continue encore à constituer un facteur de cohésion entre les Espagnols.