Les Russes ont dès mardi accusé le président indépendantiste Aslan Maskhadov d’avoir commandité l’attentat perpétré lundi dans le nord de la Tchétchénie et ont dit qu’il était lié au réseau Al-Qaïda. Maskhadov est « depuis longtemps une marionnette entre les mains des terroristes internationaux et il exécute leurs ordres sans discuter », a déclaré Ilia Chabalkine, porte-parole de l’état-major des forces russes dans le Caucase du nord. Le ministère des Affaires étrangères a, quant à lui, assuré dans un communiqué que cet attentat au camion piégé et ceux commis lundi à Riyad contre des cibles américaines et occidentales étaient « les maillons d’une même chaîne ». Moscou réaffirme ainsi haut et fort qu’il ne se bat pas contre des séparatistes, mais contre un « foyer du terrorisme international », avec qui il serait donc inutile et improductif de négocier une fin de conflit. Telle est depuis le début de l’intervention militaire en Tchétchénie en octobre 1999, la position du Kremlin. Mais la Russie semble s’enfoncer sur le terrain dans une spirale de la violence, toujours plus incontrôlable, soulignaient mardi la presse russe et des experts. L’attentat, qui a fait au moins 54 morts, dont des femmes et des enfants, a été commis lundi dans l’un des districts les plus calmes de la république rebelle où les indépendantistes étaient jusque-là très peu actifs. «Il n’y a plus d’endroits stables et calmes en Tchétchénie», a noté le quotidien Vremia MN. Le référendum controversé du 23 mars «qui devait être une étape cruciale dans le règlement de la crise tchétchène n’a eu aucun effet», ajoutait le journal Nezavissimaïa Gazeta notant une «escalade» de la violence et de l’instabilité. Moscou voulait avec ce référendum, organisé dans une république quadrillée par 80.000 soldats confirmer par un «vote populaire» l’attachement de la Tchétchénie à la Fédération de Russie. En échange, il avait promis «la sécurité» et «la paix». Ce scrutin, qui doit être suivi d’élections présidentielle et législatives, était aux yeux de Poutine la première étape d’un «processus politique», le seul possible puisque le président russe refuse tout pourparler avec les rebelles, qu’ils soient radicaux comme le chef de guerre Chamil Bassaïev, partisan des attentats-suicides, ou plus modérés comme Aslan Maskhadov. Quelques voix en Russie s’élèvent parfois, sans être entendues, pour dire que la paix restera une chimère tant qu’on ne négociera pas avec ceux contre qui l’on se bat. Mais presque personne ne croit à un revirement du Kremlin. «Cet attentat confirme l’état de corruption et de décomposition des forces fédérales. Un camion chargé d’une tonne d’explosifs a passé sans problèmes tous les postes de contrôle», souligne le politologue Evgueni Volk. «La situation est totalement incontrôlable mais Poutine ne changera pas sa politique. Il continuera à faire semblant de croire à une stabilisation», ajouta-t-il. Poutine va maintenir le cap et cette guerre va durer au moins une génération», relève aussi son confrère Dmitri Malachenko. Pourtant, si le dossier tchétchène ne menace pas dans l’immédiat la popularité du chef de l’Etat, il représente un gros risque. «Si un jour, une élite politique veut se débarrasser de Poutine, ce dossier sera une arme dangereuse contre lui», note M. Malachenko. «On ne peut mentir indéfiniment à un grand nombre de gens sans en pâtir », ajoute M. Volk.
• Marielle Eudes (AFP)








