Israël-Pentagone : L’ère du soupçon

La deuxième chaîne de télévision israélienne a affirmé, mercredi, que le Pentagone, le ministère américain de la Défense, a exigé le limogeage du directeur général du ministère israélien de la Défense, le général de réserve, Amos Yaron, chargé des ventes d’armes à l’étranger.
Les Etats-Unis auraient entrepris cette démarche inhabituelle après l’envoi récemment, pour « entretien » en Israël, de matériel militaire vendu par ce dernier pays à la Chine dans les années 1990. Les Américains soupçonneraient Israël d’avoir, en fait, modernisé ce matériel, sans les en avoir informés.
Les responsables israéliens se sont empressés jeudi, de démentir que Washington ait exigé la destitution de M. Yaron.
L’ambassadeur d’Israël à Washington, Daniel Ayalon et le ministre de la Défense, Shaoul Mofaz, ont toutefois reconnu qu’un dossier concernant des ventes d’armes à Pékin était « en cours de clarification ». Un responsable au bureau du Premier ministre, Ariel Sharon, a dit à l’AFP que « cette histoire relève d’un malentendu ».
Cette affaire risque de renforcer l’atmosphère de suspicion régnant depuis quelques mois entre le Pentagone et Israël. La police fédérale américaine (FBI) enquête sur un responsable du Pentagone, Larry Franklin, qui aurait, selon les médias américains, transmis à un diplomate israélien des informations confidentielles sur l’Iran, émanant de la Maison Blanche par l’intermédiaire de l’AIPAC, le lobby pro-israélien aux Etats-Unis.
Les dirigeants israéliens ont démenti ces accusations en rappelant leurs promesses de ne pas espionner les Etats-Unis depuis l’affaire Jonathan Pollard.
Ce juif américain, ex-analyste de la marine américaine, a été condamné à la prison à perpétuité en 1987 pour avoir fourni à Israël, de mai 1984 jusqu’à son arrestation en novembre 1985, des milliers de documents top secret sur les activités d’espionnage des Etats-Unis dans les pays arabes.
A propos des ventes d’armes à l’étranger, Israël, qui reçoit plus de deux milliards de dollars d’aide militaire annuelle des Etats-Unis, s’est engagé à ne pas porter atteinte aux intérêts stratégiques de ce pays.
« Il y a des tensions, cachées au public, qui sont apparues à propos de ventes d’armes à la Chine », a toutefois reconnu à la radio le président de la commission de la Défense et des Affaires étrangères du Parlement israélien, Youval Steinitz.
Cette question est très « sensible » depuis que Washington a contraint Israël à renoncer à fournir, en 2000, à la Chine des avions Falcon, de type Ilyouchine-76 couplé avec un système radar d’alerte ultra-sophistiqué AWACS. Après la résiliation du contrat, Israël a dû verser 350 millions d’USD d’indemnités à Pékin.
Les Américains avaient alors argué que ces appareils comportaient des composants américains et qu’ils constitueraient une menace pour la sécurité de leurs navires de guerre, si ceux-ci étaient amenés à défendre Taiwan.
« Il y a un net renforcement des contrôles exercés par les Etats-Unis sur les exportations israéliennes (d’armes) et, depuis l’affaire Falcon, nous sommes très sensibles aux exigences américaines », a affirmé M. Steinitz.
Selon lui, cette attitude s’explique également par des considérations commerciales, les firmes israéliennes faisant concurrence dans certains pays aux sociétés américaines.
« Nous devons tenir compte des intérêts américains, mais une exigence de limogeage d’un responsable tel que Amos Yaron porterait atteinte à l’indépendance de notre pays et serait inacceptable », a souligné M. Steinitz.

• Jean-Luc Renaudie (AFP)

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