M. Barghouthi a exaspéré la direction du Fatah, le principal parti palestinien, par l’annonce à la surprise générale le 1er décembre qu’il se portait candidat à ce scrutin. Le Fatah a désigné le chef de l’OLP Mahmoud Abbas comme son candidat. « Il y a des contacts à tous les niveaux au sein du Fatah pour lui demander de retirer sa candidature », a indiqué à l’AFP Ahmad Ghouneim, un responsable du haut comité du Fatah, une instance du mouvement qui soutient M. Barghouthi.
Un autre dirigeant proche de M. Barghouthi a indiqué que ce dernier avait envoyé de prison des messages soulignant qu’il était déterminé à maintenir sa candidature. D’autres sources au Fatah ont indiqué qu’il avait envoyé à ses partisans une lettre affirmant sa détermination à combattre pour une « réforme réelle et une vraie démocratie » dans les instances palestiniennes.
Dans le camp opposé, le chef du Fatah, Farouk Kaddoumi, a mis en garde lundi Marwan Barghouthi qu’il serait radié du Fatah s’il ne retirait pas sa candidature. « Tout membre qui enfreint délibérément les décisions est considéré comme démissionnaire et sera radié, quel que soit son rang », a affirmé de Tunis M. Kaddoumi, devenu chef du Fatah après le décès de Yasser Arafat le 11 novembre. Cette candidature « desservira la cause palestinienne et conduira à la division des rangs », a-t-il estimé, affirmant que M. Barghouthi « aura choisi sa propre démission » du Fatah s’il ne se retirait pas de la course à la présidence.
Dans le même sens, le ministre des Affaires étrangères Nabil Chaath a exhorté M. Barghouthi à renoncer à sa candidature. Marwan Barghouthi, 45 ans, secrétaire général du Fatah en Cisjordanie, jouit d’une grande popularité, qui a encore augmenté depuis sa détention par Israël. Accusé d’avoir été à la tête des groupes armés du Fatah, il avait été arrêté en avril 2003 et condamné en juin dernier à la prison à vie par un tribunal israélien pour implication dans des attentats. Il représente un sérieux défi pour Mahmoud Abbas, qui fait figure de modéré et qui n’a jamais caché son opposition à la « militarisation » de l’Intifada, estimant qu’elle avait eu des conséquences catastrophiques pour le peuple palestinien. Contrairement à M. Barghouthi, M. Abbas, 69 ans, dispose de l’appui de la vieille garde du Fatah et du soutien de la communauté internationale.
Ces deux candidats sont au coude à coude selon deux sondages publiés lundi alors que M. Abbas devance nettement son rival selon un troisième. 46% des personnes interrogées disent qu’elles voteront pour M. Barghouthi, contre 44% pour M. Abbas selon un sondage du centre de recherche de l’université palestinienne de Bir Zeit. M. Barghouthi reçoit le plus d’appui parmi les couches pauvres, les jeunes et dans les zones rurales. M. Abbas devance en revanche légèrement M. Barghouthi, avec 40% d’intentions de vote contre 38%, selon un autre sondage effectué par le centre palestinien de recherche politique de Ramallah. Il le devance plus nettement selon un troisième sondage du centre palestinien d’opinion publique, 40% d’intentions de vote allant pour M. Abbas et 22% pour M. Barghouthi. Les mouvements islamiques d’opposition, le Hamas et le Jihad islamique, ont annoncé qu’ils boycotteraient l’élection.
• Hisham Abdallah (AFP)










