L’Ethiopie se vide de ses médecins

Chaque année, l’Ethiopie est confrontée à la « fuite » de ses médecins pour des pays développés, ce qui fragilise encore un peu plus son secteur de la santé et notamment sa lutte contre la pandémie du sida. Plus de 300 médecins éthiopiens ont quitté le pays au cours des dix dernières années à la recherche d’un poste dans les pays riches, selon une étude rendue publique lors de la conférence annuelle de l’association médicale éthiopienne qui s’achève vendredi à Addis Abeba.
Dans le même temps, Addis Abeba a évalué à 152 millions de dollars au moins le budget annuel nécessaire pour la prévention et le traitement des trois millions de personnes touchées par le virus du VIH/sida. Pays pauvre de la corne de l’Afrique, l’Éthiopie, qui compte 65 millions d’habitants, ne compte actuellement que 45 dentistes, 485 médecins spécialisés, 33 spécialistes ayant suivi une formation post-spécialisation, et 110 hôpitaux publics. L’ancienne Abyssinie, qui manque de main-d’oeuvre qualifiée dans les secteurs vitaux de la technologie, de la santé et des sciences sociales, a subi ces dernières années une importante « fuite de cerveaux ». Ils partent aux États-Unis, au Canada, dans les pays d’Europe occidentale ou en Afrique du Sud. « Partir n’est pas un choix facile mais ici, les conditions de travail ne sont absolument pas satisfaisantes, on peut se sacrifier plusieurs années mais après… », se plaint un jeune médecin local. « Je veux partir pour un pays où je pourrais mieux exploiter mes capacités, mieux me former et revenir plus tard dans mon pays », explique ce médecin qui souhaite garder l’anonymat, car « certaines ambassades ont resserré les conditions d’obtention de visa », souligne-t-il. Le salaire mensuel des médecins éthiopiens oscille entre 700 et 2.500 Birr (81,7 et 292 dollars), dans un pays où la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
Beaucoup se plaignent du manque de médicaments ou d’outils de base, comme le thermomètre, dans les hôpitaux ou cliniques hors des grandes villes, ainsi que des difficultés administratives à exercer simultanément dans les hôpitaux publics et les cliniques privées. « L’Ethiopie, qui possède un des chiffres les plus bas de médecins et scientifiques au monde, fournit les pays les plus riches avec ses praticiens médicaux hautement qualifiés et ses techniciens », s’inquiétait récemment le professeur Dejene Aredo, de l’université d’Addis Abeba. Selon l’organisation internationale pour les migrations (OIM), l’émigration des professionnels africains s’est nettement amplifiée ces dernières années, en raison à la fois de conditions économiques défavorables, de l’instabilité politique et de la répression en matière des droits de l’homme. Selon un rapport de 1993 du programme des nations unies pour le développement (PNUD), plus de 21.000 médecins nigérians exercent aux Etats-unis, alors que le système de santé du Nigeria manque cruellement de professionnels.
Soixante pour cent des médecins ghanéens formés localement dans les années 80 ont quitté le pays, souligne ce même rapport. Enfin, la commission économique des nations unies pour l’Afrique (CEA), précise que 20.000 professionnels quittent chaque année l’Afrique pour des pays industrialisés.

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