P.O : Les contradictions américaines

Les différents acteurs du dossier du Proche-Orient se succèdent à Washington, mais les options de l’administration américaine restent floues, face aux pressions contradictoires des arabes et des israéliens, estiment des analystes dans la région.
Depuis le début juin, le président américain George W. Bush a reçu successivement le président égyptien Hosni Moubarak, le premier ministre israélien Ariel Sharon, et, jeudi, le ministre saoudien des Affaires Etrangères Saoud Al-Fayçal. Il doit s’exprimer sur le Proche-Orient à l’issue de ces consultations, alors que la situation sur place poursuit une dangereuse dégradation, avec d’un côté la poursuite des attentats palestiniens, de l’autre l’occupation quasi permanente par l’armée israélienne des villes de Cisjordanie, sonnant le glas des accords d’Oslo de 1993 sur l’autonomie palestinienne.
Deux idées émergent tant bien que mal des discussions en cours: l’organisation d’une conférence internationale, dont ni le lieu ni la date ne sont connus, et la proclamation d’un Etat palestinien, avec comme même objectif immédiat de prévenir un embrasement régional et à plus long terme de ramener la paix entre les deux parties. Mais les dirigeants américains peinent à faire des choix et des divergences persistent sur le dossier entre la Maison-Blanche et le département d’Etat, selon les analystes. « Bush n’a pas encore mis de l’ordre, et il n’y a pas de ligne américaine claire à ce jour », commente pour l’afp l’analyste d’origine libanaise Antoine Basbous. Le secrétaire d’Etat Colin Powell a évoqué cette semaine l’idée imprécise d’un état « intérimaie » ou « provisoire », qui posrait les fondations d’un Etat palestinien aux côtés d’Iraël.
« Il devra avoir une structure, des institutios, quelque chose qui ressemle à un territoire, même si c’est quelque chose qui n’est pas défini parfaitement pour toujours », a dit le chef de la diplomatie américaine. La suggestion a été immédiatement tempérée par la Maison-Blanche, dont le porte parole, Ari Fleischer a refusé de confirmer qu’elle avait l’appui du président Bush. « Il y a d’une part la ligne Powell, avec l’idée d’une conférence et d’un Etat palestinien provisoire, d’autre part la ligne pro-israélienne, opposée à des concessions aux palestiniens, et qui doit permettre de faire passer le vote juif du côté des républicains, lors des prochaines élections » américaines de mi-mandat, en novembre, affirme pour sa part un diplomate occidental au Caire. « Lorsque Washington écoute les dirigeants arabes, on a des déclarations qui font naître les plus grands espoirs. Mais dès qu’arrivent les dirigeants israéliens et que le lobby sioniste se mobilise, on a des déclarations contradictoires », affirme jeudi l’éditorialiste Ibrahim Nafie dans le quotidien gouvernemental égyptien Al Ahram. « Dès que Bush rencontre un arabe, il est aussitôt cerné par le lobby pro-israélien », renchérit Antoine Basbous, qui dirige en France l’observatoire des pays arabes. « Bush reçoit ses interlocuteurs arabes dans un cadre privilégié. Il a reçu Moubarak à Camp David, mais ce sont des attentions personnelles, et il ne lâche rien », ajoute-t-il. « Les élections approchent, et il faut s’attirer le vote juif. Toutes ces idées de conférence et d’Etat palestinien provisoire ne visent qu’à gagner du temps, et donner l’illusion qu’on fait quelque chose », estime aussi M. Basbous. « Les américains donnent des promesses d’une main et les reprennent de l’autre », souligne pour l’afp l’analyste égyptien Abdel Alim Mohammed. « Un Etat provisoire ? ca n’existe pas dans le droit international », doute encore l’analyste, qui est attaché au centre d’études politiques et stratégiques d’Al Ahram.

• Michel Sailhan (AFP)

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