Paris-Alger : La méfiance continue

Grâce à l’embellie du marché pétrolier, l’Algérie, grand exportateur d’hydrocarbures, a connu une croissance de 6,8% en 2003 et de plus de 5% en 2004, qui devrait se poursuivre à ce rythme en 2005 et 2006. L’argent des hydrocarbures (98% des exportations) a permis à l’Etat de réduire fortement le poids de la dette par rapport au PIB depuis 2000 (de 50% à moins de 25%) et de prévoir pour 2005-2009 un programme de 50 milliards de dollars, pour développer les infrastructures (logements, routes, etc.).
Dans le même temps, l’économie autrefois centralisée est en voie croissante de libéralisation, plusieurs secteurs ayant été ouverts au privé, et d’ouverture, l’entrée en vigueur de l’accord d’association avec l’Union européenne (UE) et l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) étant normalement prévus pour cette année.
Pourtant, si les relations commerciales entre la France et l’Algérie ont fortement augmenté depuis cinq ans et si la sécurité s’est améliorée, les investissements directs des entreprises françaises restent faibles (21 millions d’euros en 2003, selon l’ambassade de France), comme l’a relevé la délégation du patronat français (Medef) en visite mardi et mercredi. « Les fondamentaux macroéconomiques sont très sains, il y a de l’argent, mais les projets d’infrastructures tardent à décoller », a résumé Yves-Thibault de Silguy, à la tête de cette délégation.
Le président du Comité Algérie du Medef s’est pourtant dit « optimiste », jugeant l’année 2005 décisive pour « recueillir les fruits » du travail des cinq années passées, et en voulant pour preuve l’importance de sa délégation (une centaine d’entrepreneurs) et la diversité des secteurs représentés. En face, des observateurs algériens ont jugé que, après quatre visites en cinq ans, les résultats étaient maigres. De fait, aucun contrat n’a été signé, seul le groupe franco-belge de services aux collectivités, Suez, a annoncé être « en phase finale de négociations » pour signer un contrat de cinq ans de gestion de l’eau du grand Alger, visant à améliorer l’accès à l’eau potable de 4 millions d’habitants. Les chefs d’entreprises français tout en reconnaissant « une nouvelle dynamique » depuis la réélection du président Abdelaziz Bouteflika en 2004, les « réformateurs » de l’économie semblant s’imposer face aux « conservateurs », n’en demeurent pas moins attentistes.
Lenteur de la réforme du secteur bancaire, problèmes d’accès au foncier, économie informelle, refus de vendre la majorité du capital des entreprises privatisées: ils soulèvent les mêmes griefs depuis plusieurs années. Le ministre des Finances, Abdelatif Benachenhou, leur a néanmoins demandé de s’engager davantage, et surtout de transférer expertise et savoir-faire dans le cadre de véritables partenariats avec les entreprises algériennes, alors que le chômage des jeunes est un fléau du pays. « Mettez l’accent sur la formation », a donc lancé à ses homologues français Yves-Thibault de Silguy, mais sans que cet appel n’ait débouché sur des annonces concrètes. Or la France n’est plus seule, Espagnols, Egyptiens t Chinois n’hésitant plus à prendre eux aussi leur part des échanges. « Dans plusieurs domaines, le textile, la chaussure, l’électroménager, la première source d’approvisionnement, ce sont maintenant les produits chinois » qui arrivent, a expliqué mardi Reda Hamiani, vice-président du Forum des chefs d’entreprise.

• Emmanuel Defouloy (AFP)

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