24 heures

Ruée des journalistes étrangers en Irak

Les journalistes étrangers se rendent de plus en plus nombreux à Amman où ils font la navette entre les hôtels de luxe où ils résident, et les locaux de l’ambassade d’Irak dans l’espoir d’obtenir un visa pour couvrir les événements dans ce pays, menacé de frappes américaines.
Amman est à 900 kilomètres de Baghdad et elle est une des rares villes qui dessert la capitale irakienne par avion, avec trois vols hebdomadaires et par la route. Pour tous les ressortissants de pays occidentaux qui n’ont pas d’ambassade irakienne sur leur territoire, les demandes et réceptions de visas se font à travers l’ambassade à Amman. Mais la longue attente est bien souvent vaine. Un journaliste occidental qui a requis l’anonymat, affirme ainsi avoir décidé de rentrer chez lui bredouille, car après dix jours d’attente, il n’a toujours pas obtenu son visa irakien. « Je croyais qu’il serait plus facile d’obtenir mon visa à Amman, mais il semble qu’il n’y ait aucune logique claire suivie dans ces questions », dit-il avec frustration.
Interrogé par l’AFP, l’attaché de presse de l’ambassade d’Irak à Amman, M. Jawad al-Ali affirme que les médias qui souhaitent envoyer des journalistes à Baghdad, doivent s’adresser par écrit au ministère irakien de l’Information pour leurs demandes de visas, qui, une fois obtenus, sont délivrés par l’ambassade à Amman.
Selon lui, l’ambassade délivre quotidiennement 12 à 13 visas à des journalistes étrangers, sans discrimination, une fois qu’elle reçoit l’autorisation du ministère à Baghdad. Il estime à 350 les journalistes étrangers présents actuellement dans la capitale irakienne. Les journalistes étrangers se font aider dans leurs démarches par des Jordaniens et un nouveau métier d' »assistant » a vu le jour. Une Jordanienne, pionnière dans ce nouveau métier affirme connaître par coeur la routine à suivre. « Je leur conseille d’abord d’être patients, et qu’ils doivent attendre leur tour, car les Irakiens limitent le nombre de journalistes sur leur territoire. Il faut donc attendre le départ de certains dont les visas ont expiré pour espérer en obtenir pour d’autres », précise-t-elle sous le couvert de l’anonymat. Les journalistes sont dépêchés par leur média à Amman, où ils entament leurs demandes de visas, et passent de longues journées à suivre la progression de leurs dossiers, sous la pression de leurs rédacteurs en chef, qui les poursuivent d’appels téléphoniques quotidiens, dit-elle. De leur côté, les journalistes, poursuivent l’attaché de presse irakien, d’appels à toutes les heures de la journée, dans l’espoir de l’entendre leur dire qu’il a reçu le fax de Baghdad les concernant. La longue attente les rend souvent nerveux. Certains éclatent en colère lorsqu’ils réalisent qu’un de leurs collègues a obtenu un visa, alors que sa demande n’avait pas précédé la leur.
Selon cette assistante jordanienne, les reporters arabes obtiennent plus facilement des visas. Armé de cette conviction, un journaliste arabe d’un média international a fait plusieurs navettes au cours des deux derniers mois dans l’espoir de voir son passeport tamponné par un visa irakien. Ne l’ayant toujours pas obtenu, il a décidé de se contenter de couvrir l’Irak à partir du Qatar où sont stationnées des forces américaines, dit-il. Les autres, qui attendent toujours à Amman, ils occupent leur temps en quête d’informations sur le Royaume, bien moins prisées ces jours-ci que celles concernant l’Irak.

• Fatima El-Issawi (AFP)