24 heures

Une querelle de familles libanaises

Une querelle de famille digne d’une tragédie grecque à l’occasion d’une élection législative partielle confrontant des Chrétiens libanais pro et anti-syriens menaçait mardi d’ouvrir une crise politique au Liban. La presse libanaise faisait état mardi de l’intention du ministre de l’Intérieur Elias Murr de modifier au profit du candidat pro-syrien, qui se trouve être sa propre soeur, Myrna Murr, l’issue d’une élection mettant en jeu un siège de député grec-othodoxe de la région du Metn (limitrophe, au nord-est, de Beyrouth). Selon les journaux, bénéficiant de fuites organisées par des services proches du gouvernement, le résultat définitif officiel accorderait à Myrna une avance de 15 voix, à la suite de l’annulation de quelques votes pour vice de procédure.
Un premier décompte de la commission électorale avait donné lundi l’oncle du ministre, Gabriel Murr, propriétaire de la chaîne de télévision MTV et critique de la domination syrienne au Liban, vainqueur par une marge de trois voix. L’affaire se complique d’autres enjeux à la fois familiaux et politiques. Le ministre de l’Intérieur est le gendre du président de la République Emile Lahoud, désigné en novembre 1998 pour six ans avec l’appui de la Syrie. Par ailleurs, rompant avec son boycottage des élections depuis la fin de la guerre (1975-90), l’opposition chrétienne extra-parlementaire, notamment les partisans du général Michel Aoun, exilé en France depuis 11 ans, et du chef des Forces libanaises (FL, interdit), Samir Geagea, emprisonné depuis 1994, avait appelé à voter pour Gabriel Murr de même que des ténors de l’opposition classique, le député Nassib Lahoud et l’ancien président Amine Gemayel.
En attendant la proclamation officielle des résultats, qui tardait, dans les milieux de l’opposition, on évoquait mardi le risque de débordement dans la rue et on demandait aux autorités d' »éviter une grave crise nationale ». Alors que la tension était perceptible, le leader druze Walid Joumblatt, a publiquement « exhorté et imploré » mardi le président Lahoud de laisser la victoire à Gabriel Murr. Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, et le Premier ministre Rafic Hariri, selon des sources proches de ces dirigeants, tentaient aussi mardi de convaincre M. Lahoud de raisonner son gendre. Le ministre avait déjà scandalisé des constitutionnalistes en affirmant dans une circulaire que l’utilisation de l’isoloir n’était pas une obligation. Le siège que se disputent âprement les Murr était devenu vacant à la mort le 13 avril d’un vieux député, Albert Moukhaiber, connu pour son hostilité à la domination syrienne. Son neveu, Ghassan Moukhaiber, était aussi candidat mais selon tous les décomptes il est arrivé loin derrière Myrna et Gabriel Murr.
Au travers de sa fille Myrna et de son fils Elias, la bataille décisive a en fait opposé Michel Murr, le frère aîné, à son cadet, Gabriel. Michel, homme des Syriens depuis le milieu des années 80, et à ce titre membre inamovible de tous les gouvernements de l’après-guerre, détint en dernier lieu le poste de ministre de l’intérieur sous le gouvernement de Sélim Hoss (1998-2000).
Il n’y renonça, lors du retour de Rafic Hariri à la tête du gouvernement en octobre 2000, que pour y être remplacé par son fils, Elias. Mais toujours député, il a gardé son influence. La Syrie, sans laquelle rien de déterminant n’est possible au Liban, n’avait pas laissé percer mardi ses sentiments sur ces remous inter-libanais. Les commentaires du grand quotidien As-Safir, considéré comme proche des dirigeants syriens, semblaient prendre position contre l’attitude du ministre de l’Intérieur en lui reprochant indirectement de « s’entêter à considérer que (sa soeur) Myrna Murr a vaincu ».

• Pascal Mallet (AFP)

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