Les résultats préliminaires d’une étude universitaire montrent que l’origine ethnique, le niveau d’études d’un condamné aussi bien que l’Etat où il est détenu sont autant de facteurs déterminants de vie ou de mort. Dee Wood Harper, professeur de criminologie à l’Université Loyola de La Nouvelle-Orléans, affirme que son étude, basée sur des calculs savants d’ordinateurs jonglant avec tous ces facteurs, permet de déterminer neuf fois sur dix quels détenus évitent la chambre d’exécution. "Si vous avez une machine qui peut prévoir qu’une personne va vivre ou mourir (…) et que les facteurs déterminants n’ont vraiment rien à voir avec le crime lui-même, alors vous avez affaire à un système qui tue arbitrairement les gens", souligne-t-il.
Avec un collègue spécialiste de la programmation sur ordinateur, M. Harper a fourni 19 caractéristiques pour 1.000 affaires de peine de mort entre 1973 et 2000, dans un programme destiné à repérer des schémas parmi ces informations. La moitié de ces condamnés ont été exécutés, l’autre pas. Une fois le programme mis en place avec ces informations, quelque 366 cas lui ont été soumis pour le tester et l’ordinateur est parvenu à déterminer avec exactitude dans 90% des cas si ces condamnés avaient été exécutés ou non. La machine a passé en revue l’âge, l’origine ethnique, le sexe, le niveau d’éducation, l’année de l’arrestation de chaque condamné et le type général de crime commis. Mais l’exactitude du programme fait froid dans le dos si l’on considère qu’il se passe de connaître le crime précis et ne prend pas en compte la qualité du travail des avocats du condamné. Les opposants à la peine de mort dénoncent depuis longtemps le fait que cette mesure ne soit pas appliquée uniformément sur l’ensemble du territoire, la rendant de fait injuste. Un meurtrier a ainsi beaucoup plus de chances d’être exécuté rapidement au Texas ou en Virginie, deux Etats conservateurs largement favorables à la peine de mort, qu’en Californie, un Etat progressiste où les juges de cours d’appels sont plus susceptibles de s’opposer à cette peine, ralentissant ainsi la procédure. Mais les partisans de la peine de mort avancent que s’il existe des différences d’application, le système n’est pas injuste pour autant. "Un assassin dont la culpabilité ne fait pas l’ombre d’un doute bénéficie d’emblée de clémence s’il a commis son crime en Californie, et reçoit le traitement qu’il mérite en Virginie", dit Michael Rushford de la Criminal Justice Legal Foundation, basée à Sacramento (Californie).
"Mais il y a des organisations caritatives qui, parce que leur direction est corrompue, ne distribuent pas autant de nourriture qu’ils le devraient. Pour autant, cela ne démontre pas que la distribution de nourriture est injuste", ajoute-t-il. La publication des premiers résultats de l’étude de M. Harper coïncide avec des chiffres indiquant un fort recul du nombre de condamnations à mort. En 2004, 125 personnes ont été condamnées à mort, soit le chiffre le plus faible depuis le rétablissement de la peine de mort aux Etats-Unis en 1976.
• Stephen Collinson (AFP)








