Société

Abdelhak Azzouzi : «La diplomatie interreligieuse peut faciliter les impasses et les dialogues de sourds»

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ALM: Quels sont les objectifs et l’enjeu de la quatrième édition du Forum de Fès sur l’Alliance des civilisations et la diversité culturelle?
Abdelhak Azzouzi : Depuis quelques années, nous nous sommes proposés de baliser les chemins qui peuvent mener à une meilleure compréhension des idées, des valeurs dominantes de l’époque contemporaine et de la scène mondiale. Le Forum de cette année, qui a eu lieu à Fès du 4 au 6 décembre autour du thème «La diplomatie religieuse et culturelle au service de la paix mondiale», s’inscrit dans la droite ligne des précédents, en cherchant encore une fois à élucider les esprits, à apporter des analyses savantes, à mettre fin aux amalgames, à percevoir, à comprendre ce qui est en jeu, de manière à pouvoir assumer les métamorphoses nécessaires. Ce Forum diffère également des précédents du fait que l’édition de cette année aspire à tracer une véritable feuille de route institutionnelle en mettant en exergue le rôle que peut jouer la diplomatie pour régler les problèmes de ce monde, qui ne sont pas uniquement religieux. Ils sont politiques, économiques, sociaux, culturels, et enfin religieux. Les conclusions de ce Forum serviront, comme à l’accoutumée, de base à l’élaboration de programmes et de projets destinés à renforcer le dialogue interculturel et dépasser les incompréhensions mutuelles, particulièrement entre le monde occidental et le monde musulman.

Pourquoi le choix du thème «La diplomatie religieuse et culturelle au service de la paix mondiale»?
La diplomatie religieuse et culturelle doit être au service de la paix mondiale. Depuis quelques années, on assiste au renforcement de la diplomatie dans le domaine des relations interreligieuses. C’est une bonne tendance à encourager. Il n’y a pas d’alternative à l’amitié et la fraternité entre les «enfants» d’Abraham. Des sommets officiels interreligieux sont organisés. En juillet 2008 à Madrid, fut organisé le premier sommet officiel sous l’égide de l’ONU à l’initiative de l’Arabie Saoudite, suivi d’une rencontre au plus haut niveau à l’ONU en novembre de la même année. De nombreux autres congrès et séminaires sont organisés depuis des décennies par des organisations de la société civile et des pays comme le Maroc et la Turquie, qui visent à faciliter le recul des préjugés et la recherche de solutions pour faciliter le vivre ensemble. Un point commun unit souvent ces rendez-vous internationaux : contrecarrer la propagande du choc des civilisations, aider à faciliter l’inter-connaissance, dénoncer l’instrumentalisation de la religion, réfuter les amalgames et contribuer à l’intégration de minorités musulmanes en Occident et chrétiennes en Orient. Tout un chacun est invité à réfléchir sur l’enjeu du religieux sur l’échiquier politique et à faciliter le vivre ensemble.
Comme le dit toujours notre ami Mustapha Chérif, le spécialiste du dialogue des cultures et des civilisations, pour les musulmans souvent le premier point de cette nouvelle diplomatie commune devrait être le respect du droit à la différence des valeurs de la religion et le refus de la xénophobie. L’islamophobie qui est le prolongement de l’antisémitisme est un phénomène inquiétant de ces vingt dernières années. Accepter les critiques, y compris celles infondées, est naturel mais injurier et diffamer posent problème. La diplomatie interreligieuse peut faciliter les impasses et les dialogues de sourds. Cette diplomatie a repris de l’élan après les dramatiques événements du 11 septembre 2001, l’affaire des caricatures du Prophète en septembre 2005 et celle du discours du Pape Benoît XVI à Ratisbonne en 2006. Nous assistons depuis à l’émergence sur la scène internationale de ce volet. On est passé d’un dialogue interreligieux, qui a toujours existé entre spécialistes, à un dialogue diplomatique, culturel et civilisationnel. À côté des théologiens, les intellectuels, les diplomates et les politiques sont entrés en discussion sur l’argument religieux qui était relégué aux vestiges du passé. Ce nouveau canal d’échange est capital. Il s’agit de tenir compte d’aspects religieux et culturels, même si les problèmes sont souvent politiques et économiques.

Quels sont les principaux axes que les intervenants doivent débattre lors de ce forum?
Plusieurs axes devraient être débattus par des experts, des hauts fonctionnaires, des universitaires, des académiciens, notamment, le rôle de l’action diplomatique dans les relations internationales, la place de la diplomatie religieuse et culturelle dans les relations internationales et le rôle de la société civile dans le rapprochement des peuples. Il s’agit aussi des éléments pour la définition d’une diplomatie non-gouvernementale, la diplomatie participative au service de l’Alliance des civilisations et de la diversité culturelle, les alliances diplomatiques au service de la paix et de la sécurité dans le monde, le rôle des acteurs du monde de la diplomatie religieuse et culturelle dans la régulation mondiale : bilan et perspectives, etc.

La rencontre sera axée également sur l’œuvre d’Allal El Fassi. Pourquoi ce choix?
C’est parce que Allal El Fassi demeure un grand Marocain, un grand savant, un grand nationaliste et un grand patriote. Par sa pensée, ses idées, son militantisme, il a contribué largement à asseoir les jalons d’un humanisme mondial. Cette année, nous fêtons le centenaire de sa naissance.

Quelles sont vos attentes  pour l’année 2011 au niveau du CMIESI ?
Le Centre marocain interdisciplinaire des études stratégiques et internationales est un centre de réflexion, d’étude, de recherche et d’expertise pluridisciplinaire, traitant de problématiques stratégiques, diplomatiques et internationales complexes, mais également de la situation sociale, économique et politique d’un pays ou d’aires géopolitiques. Dans le cadre de ses activités, le Centre marocain interdisciplinaire des études stratégiques et internationales, en collaboration avec plusieurs Marocains et étrangers, organise annuellement deux forums mondiaux. Le premier sur l’Union pour la Méditerranée (mai –juin) et le deuxième sur l’Alliance des civilisations et la diversité culturelle (novembre-décembre). Les Forums de Fès, devenus des rendez-vous incontournables, sont une porte ouverte sur la Méditerranée, les civilisations, les cultures, sur ce besoin d’altérité et d’approfondissement du dialogue. Grâce à ces rencontres internationales, la ville de Fès a eu le privilège d’abriter la future Université euro-méditerranéenne, projet que nous avons défendu lors du forum de juin 2008 et qui a été adopté et salué par les 43 Etats de l’UPM (novembre 2008). De même, nous avons édité neuf volumes sur l’Alliance des civilisations et la diversité culturelle  qui sont distribués dans 70 pays.


«La diplomatie religieuse au service de la paix mondiale»
Fidèle à ses choix initiaux, le Centre marocain interdisciplinaire des études stratégiques et internationales continue à s’intéresser à la thématique de l’Alliance des civilisations et de la diversité culturelle. Sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la quatrième édition du Forum de Fès sur l’Alliance des civilisations et la diversité culturelle du 4 au 6 décembre, a ouvert ses portes à Fès sous le signe de «La diplomatie religieuse et culturelle au service de la paix mondiale». Des politiques, diplomates, hauts fonctionnaires, universitaires et acteurs de la société civile doivent échanger pendant trois jours leurs analyses et réflexions sur la gravité des enjeux et l’importance des défis liés à l’instauration de la paix dans le monde. Lors de cette quatrième édition, les intervenants doivent traiter «La place de la diplomatie religieuse et culturelle dans les relations internationales», des «Alliances diplomatiques au service de la paix et de la sécurité dans le monde» et du «Rôle des acteurs du monde de la diplomatie religieuse et culturelle dans la régulation mondiale».