Pierre Bourdieu s’interroge sur la permanence de la domination masculine. Pour la mettre en évidence, il s’appuie sur une étude ethnographique qu’il a menée auprès des Berbères de Kabylie, une société entièrement construite autour de l’homme, archétype d’une culture méditerranéenne. La pensée relative à la différence des sexes y est profondément enracinée, permettant ainsi de dégager les structures symboliques qui perpétuent la domination de l’homme sur la femme. Il souligne trois principes : la distinction des sexes résulte plus des normes sociales que de la nature. De fait, la distinction homme femme est plus une construction sociale qu’un fait biologique. Et ces normes arbitraires finissent par être acceptées comme une « nécessité de la nature » et s’ancrent ainsi dans les esprits. Ainsi, les femmes participent à la domination masculine parce qu’elles adoptent les catégories du dominant. Dans cette fabrication interviennent plusieurs acteurs, la famille d’une part (sur laquelle s’est concentré le travail des féministes) mais aussi l’Etat, l’école ou l’église vers lesquels Bourdieu pense se tourner pour voir les choses changer.
Mais pour autant il n’apporte ni réponse ni projet à mettre en oeuvre pour que les identités sexuelles, tyranniques, en fait, pour les deux camps, soient libérées de tout rapport de domination.
Cet essai est sorti au moment où le travail de Pierre Bourdieu et ses engagements politiques sont attaqués avec virulence.
Au même moment, en septembre 1998 paraissait le livre de Jeannine Verdès-Leroux qui dénonçait son « terrorisme intellectuel ».
La domination masculine,
Pierre Bourdieu, Seuil.









