Esmeralda la bohémienne vient de rejoindre Blanche-Neige et Cendrillon dans le catalogue des studios Disney. Ainsi, plus que jamais, Victor Hugo incarne la France dans l’imaginaire anglo-saxon: après le triomphe des «Misérables» au music-hall, voici que la bosse de Quasimodo et les gargouilles gothiques initient aux terreurs médiévales les gamins de la génération Stallone-Schwarzenegger.
Tant mieux! Il s’en trouvera toujours quelques-uns pour avoir envie de lire le livre – et pour s’apercevoir que l’île de la Cité en 1482 est mille fois plus dépaysante, mille fois plus fabuleuse que toutes les machines à tuer du futur. Notre-Dame de Paris, cependant, nous en apprend moins long sur le Moyen Age que sur le XIXème siècle.
Sur cette époque bénie où Hugo, Dumas, Sue, pressés par des besoins d’argent, pondaient d’invraisemblables romans pleins de personnages sommaires et d’effets mélodramatiques, mais qui, par le miracle du style, se transformaient en chefs-d’oeuvre éternels. Depuis, la recette s’est perdue. Qui sait encore écrire des histoires capables d’ensorceler le public populaire et l’intelligentsia, les élèves de maternelle et les Bac + 10? Qui retrouvera le secret des grands romantiques? Qui aura le culot de refaire courir sur les tours de Notre-Dame un sonneur de cloches bancal, une espèce de cyclope dont la «grimace sublime» reflète «un mélange de malice, d’étonnement et de tristesse»?
Notre-Dame de Paris, Victor Hugo,
Gallimard 2002, 702 pages









