Culture

L’école ALM

© D.R

Pour la seconde fois en l’espace de quelques semaines, j’ose enfreindre la règle sacro-sainte qui voudrait que le « je » soit détestable dans le laborieux travail journalistique. Encore une fois, avec malice et coquetterie spirituelles, il faudra relever le défi pour n’apparaître ni trop prétentieuse, ni trop consensuelle.
En fait, la contradiction me plaît et je tente la parade. D’ailleurs, l’objet de mon Travelling n’engage que moi puisqu’il tourne autour de moi. Sans jeu de mots. Avec ces lignes, j’essaie simplement de conclure une étape importante de mon parcours professionnell. Engagée dans une toute autre belle aventure, télévisuelle cette fois-ci, je ferme la parenthèse AUJOURD’HUI LE MAROC avec un superbe mélange d’émotions qui se télescopent et un léger pincement au coeur. C’est vrai que mon passage à ALM n’aura duré que neuf mois et quelques poussières de jours et d’heures. Neuf mois.
Là aussi, certains ne manqueront pas de frôler le seuil de la symbolique et du symbole. Ils n’auront pas entièrement tort. Les renaissances tiennent souvent à un fil, et sont parfois le fruit d’un concours de circonstances. Quand j’ai mis les pieds pour la première fois à ALM, j’ignorais à peu près tout de ce que pouvait être la réalité d’une rédaction d’un quotidien, en quoi consistaient les fonctions de directeur de la publication, de rédacteur en chef ou de secrétaire de rédaction. La fabrication même d’un journal me semblait relever d’un rituel plutôt convenu que d’une mécanique maîtrisée ou rodée. Dès ma première conférence, j’ai compris que les choses vibraient sur une toute autre cadence. J’ai surtout revu à la baisse ma propre opinion sur mes savoirs et mes savoir-faire. J’ai compris que la notion même de travail en équipe, quand elle est renforcée par une complicité amicale, pouvait créer une magie dans l’exercice d’un métier qui exige sacrifice et rigueur. J’ai aussi compris que la presse écrite exigeait une longue haleine et une immense passion. Qu’être journaliste, cela relevait d’une sorte de sacerdoce et qu’un papier, quel que soit son genre, son nombre de signes, son étendue et sa perspicacité, devait être un papier senti, ressenti et entièrement assumé. J’ai compris qu’une signature en bas d’un article était le sceau d’une marque qu’il fallait préserver au-delà de tout. Autour d’Abdellah Chankou, j’ai d’abord eu à apprécier le sens de cette rigueur, de l’économie du verbe et de la détermination d’un rédacteur en chef qui, en deux temps trois mouvements, impulse la dynamique nécessaire à l’installation de la conférence matinale sur ses rails.
Chaque matin, la conviction que Chankou était né pour une telle destinée se renforçait. Avec classe et élégance, ce jeune rédacteur en chef déploie une tonne de talents pour que la citadelle rédactionnelle se profile et se mette en marche. Un talent qui lui permet de commenter et d’analyser, avec sérénité, la composition des différentes rubriques. Une fluidité dans le raisonnement se dégage rapidement grâce au regard que les uns et les autres jettent sur une actualité pas souvent évidente ni engageante. A ALM, la conférence de la rédaction n’est pas une formalité.
C’est un véritable espace de liberté où le débat est une pratique sereine, qui ne tolère aucune complaisance ni aucune fourberie. C’est aussi et sûrement une qualité qui traduit le sens des situations et de la mesure. A ALM, on n’aime pas non plus le mélange des genres et des rôles, surtout lorsque de telles confusions risquent de brouiller les pistes. Aucune intransigeance sur les principes qui fondent la ligne éditoriale, mais toutes les latitudes pour enrichir les positions sur tel ou tel sujet.
Discrètement mais sûrement, Karim Bendaoud, secrétaire général de la rédaction, veille à la traduction concrète de tout ce dispositif. Sous son air jovial et son sourire rieur, Karim Bendaoud cache une mine de qualités professionnelles qu’il laisse transparaître avec nonchalance et spontanéité. A lui tout seul, Karim Bendaoud est une sacrée école. Sa connaissance parfaite de la langue française, sa capacité à veiller sur l’application stricte de l’ensemble des procédures rédactionnelles, son souci de la perfection et sa capacité d’analyse rapide font de lui une personne ressource incontournable dans la fabrication du journal. Et la fabrication du journal est le pivot autour duquel tourne le monde d’AUJOURD’HUI LE MAROC.
Une affaire aussi de conviction mangériale que Khalil Hachmi Idrissi porte dans son idéal de vie et dans sa vision du monde de la presse. Pas évident de parler de Khalil Hachmi Idrissi, de son professionnalisme et de son amour pour un métier auquel il s’est consacré totalement et pleinement. Un métier où il a fait ses preuves à une époque où tout devait s’arracher et où rien n’était acquis. Ils étaient quelques uns à avoir osé bousculer les tabous pour que le rêve de l’avènement d’une presse adulte soit amorcé. Présent en moyenne huit heures par jour à ALM, le directeur de la publication fonctionne et carbure au crédit confiance. Une fois ma feuille de route tracée, il m’avait donné carte blanche pour organiser et gérer la destinée du magazine.
J’ignorais à ce moment là que j’avais mis les pieds dans un univers qui allait me permettre d’apprendre à apprécier le monde différemment et autrement. Pour tout cela et tant d’autres choses, je remercie tous mes amis d’ALM et leur souhaite de demeurer ce qu’ils sont : une équipe soudée autour d’un idéal et de quelques convictions de vie.

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