Le mécénat au Maroc est un thème qui est de plus en plus d’actualité. Face à la profusion d’espaces d’art et de fondations culturelles et artistiques, la question de la prise en charge de l’art au Maroc prend une autre forme. Il n’est plus l’apanage uniquement du ministère de Culture. En effet, à côté de cet établissement étatique qui doit se charger de la Culture, il existe des fondations de banques ainsi que des espaces d’art.
En parallèle à leurs activités qui se sont donné comme vocation d’encourager l’art au Maroc. Organisation d’expositions, de rencontres et de conférences ainsi que l’acquisition d’une collection de peintures. C’est le cas de la Banque Commerciale du Maroc (BCM) aujourd’hui appelée Attijariwafabank. Celle-ci a pendant les années 70 commencé à acheter chez des artistes peintres marocains un certain nombre de tableaux dans le but de constituer une collection représentative. A partir de ce moment, cet organisme bancaire pré-cité à commencé à manifester sa présence et à se présenter comme un Mécène. En d’autres termes, cela signifie qu’il finance des activités dans le but d’encourager l’art et la culture au Maroc.
Après avoir constitué une collection picturale, un ouvrage « peinture et mécénat » a été publié par la BCM en 1992. Ce fut le premier ouvrage édité par la Banque commerciale du Maroc et dédié aux artistes de sa collection. Après plusieurs manifestations culturelles,la BCM crée son espace d’Art actua qui fut inauguré en 1996 avec l’exposition « Correspondances », sculptures de l’artiste tunisien Sahbi. Ainsi, les expositions et les rencontres se succédèrent au sein de l’espace Actua.
En parallèle aux activités de cet espace d’art appartenant à la BCM, d’autres organismes bancaires se sont attelés à la même tâche, celle d’organiser plusieurs expositions et d’acquérir des collections de peinture. C’est le cas de la Wafabank qui a aujourd’hui fusionné avec la BCM, la Société Générale marocaine des banques (SGMB) ainsi, que la Fondation ONA pour ne citer que celles-la. Ces organismes ont commencé à s’intéresser à l’art dès le début des années 80. A cette époque même, il y a eu une sorte d’émergence de la problématique du mécénat au Maroc. L’un des principaux moteurs qui ont provoqué cette émergence est la parution d’une loi dans les années 80. Cette loi permettait, selon les professionnels du secteur, de payer moins d’impôts s’il justifiait le surplus des bénéfices dans des oeuvres sociales. « Cela a crée une ouverture extraordinaire et nous avons assisté à plusieurs actions importantes dans le domaine culturel», déclare un peintre de la scène artistique.
Cependant, ce dernier s’insurge du fait que ces espaces sont penchés surtout vers l’organisation d’expositions pour les étrangers, et les artistes locaux semblent être quelque peu marginalisés. Mais en fait, est ce que le mécénat consiste en la simple organisation d’expositions, ou est-ce un travail plus approfondi. Un travail qui consisterait globalement à subventionner des oeuvres culturelles, et créer des espaces d’expositions. Tout cela dans le but d’encourager les talents artistiques. Mais selon Sakina Gharib ancienne responsable des expositions à la Fondation Omar Benjelloun à Marrakech, le mécénat au Maroc est toujours balbutiant. Il a existé dans un temps au Maroc sous une forme traditionnelle. «Les savants et les oulémas achetaient des livres, commandaient des écrits et des calligraphies».
Ces ouvrages subissait le « waqf » ou l’arrêté des Habous.Une fois « arrêtés », ces ouvrages investissaient des bibliothèques et ne pouvait qu’être feuilletés. « A la bibliothèque Al Quaraouiyine on lisait dans les livres que tel ou tel ouvrage ou tel et tel manuscrit était «arrêté», on n’avait pas le droit de l’emprunter on pouvaient juste le lire » précise Sakina Gharib. Cette dernière ajoute qu’en ce qui concerne les temps actuels, le terme mécénat est dans un flou. Ceci pour la simple raison « qu’il manque un cadre juridique » déclare Sakina Gharib. Et d’ajouter « Les fondations ont pour la plupart le statut d’association comme le stipule la loi créée en 1958 et remaniée en 2003 ». Ceci circonscrit selon son avis, toutes les activités de ces fondations puisqu’ils ne sont pas exonérées d’impôts. « De cette manière, on ne peut pas garantir la pérennité de l’acte de mécénat. Ça reste très limité, très irrégulier ». Sakina Gharib pense qu’il n’existe pas de vrai mécénat au Maroc puisqu’il n’existe pas une réelle politique culturelle ».
Interrogée sur la question du mécénat, Pauline Deumazières, ancienne directrice de la galerie l’Atelier dans les années 60 a indiqué que le mécénat doit se faire à but non lucratif dont le simple objectif serait de faire de la culture pour la culture. Pauline Deumazières ajoute, qu’il ne suffirait également d’avoir une simple vitrine, voire une simple galerie d’exposition. Le but serait de créer des ateliers dans des quartiers et de suivre en bon et due forme l’évolution des artistes.
Enfin, le mécénat prend plusieurs formes, mais les professionnels du secteur sont tous unanimes quant au manque de véritables actions dans ce sens. A savoir encourager l’art et la culture en finançant des projets et en aidant financièrement et moralement les artistes. Une manière qui, selon Pauline Deumazières, pourrait « éviter que des attentats ne surviennent pas à nouveau, et que le spectre du 16 mai disparaisse à tout jamais ».









