Economie

«Lakhouaja a trahi ma confiance»

© D.R

Aujourd’hui Le Maroc : Etes-vous satisfait par la tournure judiciaire prise par le litige autour de l’hôtel Palais des Roses d’Agadir qui vous oppose à votre ex-associé marocain Azeddine Lakhouaja?
Cheikh Saleh Abdallah Kamel : Je respecte la justice marocaine dans laquelle j’ai confiance. Mais je suis étonné par certaines décisions prises dans le cadre de cette affaire où Dallah Al Baraka a été pris en otage.
Quelles décisions ?
Nous avons procédé au cours de l’été dernier à l’augmentation par voie judiciaire du capital de la société PRI, propriétaire de l’hôtel d’un montant de 7 millions de dollars dans le seul objectif de régler le problème qui me préoccupe le plus, celui des fournisseurs qui n’ont pas été payés ( NDLR par Azeddine Lakhouaja). Mais malheureusement, je constate que ces fonds sont toujours bloqués à cause d’un excès d’arguties judiciaires que je ne comprends pas. Résultat : l’associé minoritaire continue à occuper illégalement l’hôtel, à tirer profit de ses recettes et à refuser d’indemniser les fournisseurs !
Qu’est-ce qu’il faut faire alors pour mettre fin à ce conflit qui n’en finit pas de durer?
C’est à la justice de trancher dans le sens du droit. Plus que la loi en vigueur dans tel ou tel pays, c’est la justice quand elle est honnête et impartiale qui représente la seule garantie solide pour l’investisseur. J’espère de tout coeur que le gouvernement réagisse pour rétablir chacun dans ses droits. Comme je vous l’ai dit, mon souci premier est que les fournisseurs recouvrent leur dû le plus rapidement possible. Mais le blocage vient de certaines parties qui aident celui qui squatte l’hôtel alors que je suis le garant de cet investissement grâce à la caution que j’ai déposée auprès des banques. Or, ces dernières ont-elles respecté la part de leur contrat? Pas tout à fait.
Comment se fait-il que vous avez pris comme partenaire un homme qui s’est révélé à ce point défaillant?
Dieu sait que je lui ai fait confiance si bien qu’il n’a pas mis un seul dollar dans le projet. J’ai vu en lui un bon associé pour participer au développement du tourisme marocain. Malheureusement pour lui, il n’a pas su se hisser à la hauteur de cette confiance. Je le laisse à sa conscience.
Autre victime de Lakhouaja, Palm Dorint Maroc qui a accepté de s’acquitter du loyer demandé d’un montant annuel de 4 millions de dollars. Seulement, Lakhouaja n’a pas tenu ses engagements : retard dans la livraison de l’hôtel, imperfections techniques dans la construction de l’établissement… Ce qui a causé un préjudice financier énorme à Palm Dorint…
Dallah Al Baraka ayant comme principe de ne pas s’occuper de la gestion des hôtels, mon accord avec Lakhouaja était de le louer à un groupe international et non local. C’est la première enfreinte à nos engagements.
Mais Dorint Maroc est le représentant local de Dorint international…
Le directeur de Dorint Maroc Rochdi El Bouab est un professionnel reconnu, mais j’ai bien précisé à l’associé de prendre un locataire international.
Comment voyez-vous l’issue de ce litige ?
Il faut faire sortir, je ne dirais pas l’associé, mais le squatteur. Car il s’est arrogé illégalement la gestion de l’hôtel en la confiant à sa propre société sans accord ni des associés ni des banques. Je croyais qu’il quittera l’établissement juste après l’augmentation du capital. Mais des choses que je ne m’explique pas se sont produites entre-temps.
Dallah Al Baraka compte-t-elle participer à l’appel d’offres international lancé par le gouvernement marocain pour l’aménagement de la baie de Taghazout?
Je ne veux pas intervenir dans les décisions du gouvernement marocain, mais les hautes instances du Royaume savent parfaitement que Dallah Al Baraka est capable d’honorer ses engagements. Notre groupe a déjà réalisé nombre de projets touristiques dans différents pays, en Tunisie par exemple où nous avons créé un investissement beaucoup plus important que celui de Taghazout sur une superficie de plus de 1000 hectares. En outre, notre groupe est connu aussi pour être grâce à Dieu le plus grand opérateur immobilier au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Pourquoi Dallah a-t-elle renoncé à la réalisation de Taghazout ?
Pour ce qui est de Taghazout, je reconnais que l’erreur est venue de moi et non du gouvernement marocain en ce sens où j’ai mal choisi mon partenaire (Lakhouaja). Comment une personne, qui n’a pas payé les fournisseurs de l’hôtel Palais des Roses, peut-elle faire face à ses engagements pour un chantier de plusieurs millions de Dollars ? Bien entendu, j’ai renoncé à apporter le capital nécessaire au projet de Taghazout non pas par incapacité financière de notre groupe mais pour attendre de la part du gouvernement d’autres mesures par rapport à ce projet pour lequel nous avions mis au point les études préalables qui nous ont coûté plusieurs millions de Dhs. Cela dit, il se trouve que je me suis engagé devant S.M le Roi pour la réalisation de cette entreprise ambitieuse pour le tourisme marocain et je voudrais tant respecter ma parole. Ici, ce n’est pas le gain matériel qui m’intéresse mais bien l’engagement moral devant Sa Majesté.
Nous avons entendu que Dallah Al Baraka envisage de se retirer du Maroc à cause du préjudice qu’elle a subi dans l’affaire Palais des roses ?
Dallah Al Baraka existe au Maroc bien avant mon association malheureuse avec Azeddine Lakhouaja. Dans votre pays, je jouis de la confiance royale et je compte beaucoup d’amis parmi les responsables marocains. L’installation de Dallah Al Baraka au Maroc remonte au congrès réussi sur l’investissement arabe qui a eu lieu à Casablanca au début des années 80. Un congrès au cours duquel nous avions annoncé la création de deux entreprises. Ce fut l’acte fondateur de notre implantation dans le royaume. Je vous assure que rien ne perturbera notre présence au Maroc où nous sommes décidés à poursuivre notre mission.
Avez-vous d’autres projets d’investissement en vue au Maroc ?
Quand le conflit du Palais des Roses aura été réglé, notre groupe réfléchira au lancement d’autres projets au Maroc où nous sommes présents dans nombre de secteurs notamment la pêche à Tantan qui fut notre premier acte d’investir dans le pays. Dieu soit loué, notre investissement dans ce secteur a été couronné de réussite grâce à notre association avec Mohamed Laraki, un homme professionnel et honnête. Parmi les facteurs décisifs de succès pour tout investisseur dans n’importe quel pays c’est que Dieu le guide à trouver un partenaire intègre et digne de confiance.

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