Culture

A la une : Les professionnels au chevet du théâtre

Driss Rokh (comédien-metteur en scène)
Il n’y a pas un texte juridique qui définit des critères précis sur la base desquels il est permis de faire la différence entre ce qui est théâtre professionnel et ce qui ne l’est pas, ce qui est à l’origine d’une confusion lamentable. On a besoin au Maroc de la création d’une académie de théâtre dont la tâche consistera à former non seulement des comédiens ou des scénographes, mais aussi des auteurs dramatiques, des régisseurs de plateau (équivalent de premier assistant au cinéma), des costumiers, des accessoiristes et bien d’autres professionnels de la scène. Cette académie aura également pour tâche de faire des recherches  sur le théâtre, c’est d’autant plus indispensable qu’on ne sait encore rien, ou presque, de l’Histoire de notre théâtre : quand est-ce qu’il a commencé ? Quelles sont les étapes qu’il a traversées ? Quels pourraient être les courants qui le traversent ? Cette académie permettra aussi d’établir une documentation de notre théâtre, dans toutes ses diversités. Au Maroc, nous n’avons pas non plus de « building public » (Ndlr : dont le rôle est de faire aimer le théâtre au public en intégrant son enseignement à l’Ecole, à l’instar de pays européens comme la Suède où l’enseignement du théâtre est considéré comme un droit pour les citoyens).

Hassan El Fad :
Le théâtre est une production de la société. Et une société fertile est une société capable de produire des artistes, et donc du théâtre. Une société stérile est une société où l’art ne connaît pas d’essor. Il y a aussi des sociétés mauvaise maman qui accouchent des artistes et qui les abandonne.

Zoubir Ben Bouchta (auteur dramatique) 
La politique d’aide au théâtre a donné des résultats satisfaisants dans la mesure où elle a permis d’obtenir un cumul en matière de production.  Simplement, cette politique a besoin d’être structurée en sorte que les subventions soient octroyées en temps opportun. La première tranche n’est généralement accordée qu’à la fin du mois d’avril, ce qui crée beaucoup de problèmes financiers pour les troupes contraintes de monter des spectacles avec des moyens de fortune.  N’empêche, cette politique a le mérite d’avoir ressuscité l’espoir. Maintenant, la balle est dans le camp des professionnels de théâtre. Ces derniers sont appelés à faire preuve d’imagination. Or, voilà où le bât blesse. Depuis la création du Fonds d’aide au théâtre, il s’est avéré que les troupes sont moins préoccupées par le théâtre que par ce qu’il peut rapporter en termes de sous. Il faut préciser que les subventions ne sont pas une forme d’assistance sociale, elles doivent avant et après tout bénéficier au théâtre.

Nora Skalli (comédienne)
Le théâtre n’est pas pris au sérieux par ceux-là mêmes qui sont censés le pratiquer. Le fait de créer une troupe est devenu une mode, il y en a maintenant tellement qu’on ne sait plus qui fait quoi et pourquoi il le fait. On fait semblant de faire du théâtre, à défaut de conviction et d’amour pour le théâtre. Il faut d’abord y croire, le reste viendra après.

Saâdia Ladib
Qui dit théâtre dit espace où le théâtre peut se faire. Or, il y a un grand manque à gagner en fait d’infrastructures de théâtre. Les professionnels manquent de cadre où ils peuvent répéter et se produire. Les salles que nous avons manquent du minimum d’équipements et pèchent par des défauts d’architecture. Ou bien la visibilité n’est pas bonne, ou bien le son n’est pas adéquat. Bref, il n’y a pas de politique pour encourager la pratique du théâtre.

Hassan Nafali (président du Syndicat national des professionnels de théâtre)
Le ministère de la Culture n’est pas le seul responsable de la crise. Bien d’autres ont manqué à leur engagement. Je pense notamment aux communes qui n’ont pas donné de suite à la lettre Royale dans laquelle le défunt Hassan II avait demandé aux communes locales de consacrer au théâtre 1% de leurs budgets. D’où le déficit patent qu’enregistre notre pays en fait d’infrastructures théâtrales.
Plus encore, ces communes, réparties sur tout le territoire nationale, ne font rien pour faciliter la diffusion des spectacles. Les communes ne sont pas non plus les seules responsables de la crise. Pourquoi, par exemple, le ministère de l’Education nationale n’encouragerait pas le théâtre, sachant que ce théâtre peut servir de support pédagogique et éducatif dans nos écoles? Pour-quoi encore le ministère du Tourisme n’encouragerait pas le théâtre, sachant que ce théâtre, et plus globalement l’art, peut servir de levier d’attraction touristique.

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