Esquisses d’Exil
Après le Chêne et le veau (Seuil, 1976) et le tome 1 du Grain tombé entre les meules (Fayard, 1998), voici le troisième volume de l’autobiographie littéraire de Soljénitsyne. Il commence avec l’installation du prix Nobel et de sa famille dans sa propriété située au cœur du Vermont (USA). Cet asile au fond des bois n’empêche pas les attaques d’atteindre l’écrivain.
Il s’explique à l’occasion d’un splendide portrait d’Andrei Sakharov, qui se termine par ce constat : " Ce qui nous a séparés, c’est la Russie. " Si, un jour d’hiver, il est épargné par une bande de loups qui traversent sa propriété, il ne l’est ni par les médias, ni par la
" cohorte des cafards " : ceux qui ont trahi sa confiance en Occident, éditeurs pirates, pseudo dissidents jaloux de sa gloire, " experts " qui le desservent à dessein. Ce volume est aussi l’occasion de rapporter divers voyages, dont une grande tournée au japon et à Taiwan, puis en Angleterre où il rencontre Mrs Thatcher, le prince Charles et lady Diana, mais on perçoit chez lui l’importance de rentrer en soi-même et de se concentrer sur son œuvre. C’est ce qu’il explique à Bernard Pivot dans une émission retentissante, tournée dans le Vermont au début des années 80. Cependant la calomnie ne désarme pas, qui requiert ripostes et correctifs.
Alexandre Soljénitsyne, Esquisses d’Exil, Fayard 2005, 701 pages
L’art d’avoir toujours raison
Simple technique de controverse ou méthode rigoureuse de recherche de la vérité ? Au moment où Hegel achève de construire l’un des plus beaux systèmes philosophiques, tout entier dédié à l’étude de la dialectique en tant que structure de la pensée et de la réalité, Schopenhauer, dans ses cours (non publiés) de l’université de Berlin, ramène cette dernière à peu de choses : trente-huit stratagèmes pour terrasser tout contradicteur, que l’on ait raison ou tort. Pure "escrime intellectuelle", "organe" de la perversité naturelle de l’homme, outil de la déloyauté dans la dispute… On a pu reprocher à Schopenhauer ses lectures par trop réductrices d’Aristote, ou de Kant. Le très intelligent essai de Franco Volpi, qui suit le texte du philosophe allemand (pour ne pas lui donner tort ?), nous décrit avec une efficacité rare les raisons de ces reproches. Mais par-delà le débat philosophique sur le statut de la logique dans la recherche de la vérité, par-delà les querelles des différentes écoles (Aristote/Platon, Kant/Hegel…), qui nous sont résumées ici avec précision, Volpi nous invite à d’autres conclusions.
Arthur Shopenhauer, Dominique Miermont, L’art d’avoir toujours raison, Mille et une nuit, 2003
Le vol des cigognes
L’ornithologue Böhm, qui étudie la migration des cigognes, a constaté que de nombreux couples ne reviennent jamais d’Afrique. Qui les fait disparaître ? Chargé de l’enquête, Louis Antioche rend visite à Böhm mais celui-ci est mort d’un infarctus. L’autopsie révèle que le vieil homme avait subi une transplantation cardiaque à l’époque où ce type d’opération était rare, d’autant que Böhm résidait en Afrique comme conseiller de Bokassa. Poursuivant ses investigations, Louis part en Bulgarie à la recherche de Rajko, un Tzigane pisteur de cigognes. Trop tard :celui-ci a été tué et on a prélevé son coeur. Ayant appris que des médecins de l’association humanitaire "Monde unique" – à qui Böhm a légué sa fortune – se trouvaient sur les lieux lors de sa mort, Louis poursuit son dangereux périple, de mystérieux tueurs à ses trousses…
Ce premier thriller de Jean-Christophe Grangé foisonne en détails rigoureux sur les lieux et événements mis en scène. L’intrigue, à double détente, préfigure Les Rivières pourpres et Le Concile de pierre, ainsi que le thème récurrent des manipulations génétiques.
Jean Christophe Grangé, Le vol des cigognes, livre de poche, 377 pages
Les demoiselles de Provence
La Provence du XIIIe siècle, pays de troubadours, est une terre très disputée. A force de courage et de ténacité, Raimon Bérenger V en a fait un comté souverain. Son épouse, la séduisante comtesse Béatrice de Savoie, lui a donné quatre filles : Marguerite, Eléonore, Sancie et Béatrice. Leur beauté, leur éducation et leur vertu vont assurer à ces quatre demoiselles de Provence les plus hautes destinées : par mariage, elles régneront sur quatre des royaumes les plus convoités d’Europe. A travers la vie de ces quatre reines, l’auteur nous raconte le XIIIe siècle, ses guerres et ses croisades. On découvre ainsi toute l’Europe du Moyen Age, de la Provence à la France des Capétiens, de l’Angleterre à la vallée du Rhin, d’Aigues-Mortes à Naples – et l’Orient, de Tunis à la Terre sainte. On vit les émotions de ces jeunes femmes, leur intimité et leurs secrets sous les ors et les fastes des cours royales, sans cesser d’entendre résonner le chant des cigales de Provence. Une Provence que Patrick de Carolis, né à Arles, connaît bien et dans laquelle il aime à retrouver ses racines.
Patrick de Carolis, Les demoiselles de Provence, Plon, 2005, 433 pages
Le Zahir
Un écrivain célèbre remet en cause tous les principes qui ont gouverné sa vie lorsque sa femme disparaît sans laisser de traces. Au fil d’un périple qui le conduira de Paris jusqu’en Asie centrale, il traverse la steppe, son désert, sa magie et ses légendes pour retrouver celle qui donne plus que jamais un sens à sa vie. Paulo Coelho revisite mythes antiques et traditions lointaines pour évoquer les thèmes de la quête de l’amour, de la femme éternelle, du pèlerinage, de la recherche de soi et des origines de la croyance. Il recourt à l’autobiographie pour décrire avec ironie l’état du monde moderne, parler de la liberté et de la solitude, et s’interroger sur l’avenir de l’homme en quête de repères, d’amour et de spiritualité.
Paulo Coelho, Le Zahir, Flammarion, 2005, 365 pages
Je l’aimais
C’est peu de dire qu’après le formidable succès surprise de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, on attendait avec impatience et un brin d’anxiété ce premier roman d’Anna Gavalda. Qu’elle se rassure, elle transforme l’essai et, à nouveau, la magie opère. Je l’aimais confirme avec brio ce que ses nouvelles laissaient entrevoir : un sens aigu de l’observation, une sincérité et une générosité qui habitent chaque page. Du rire aux larmes, par la grâce d’une langue d’une sobriété et d’une évidence rares, elle nous fait littéralement ressentir toute la gamme des émotions qui traversent ses personnages : le trouble engendré par une passion naissante, la douleur d’un homme confronté à la maladie ou d’une femme trompée, la bouffée de bonheur procurée par un rire d’enfants.
Anna Gavalda, Je l’aimais, j’ai lu, 2003, 154 pages









