Le transport urbain dans la province d’El Jadida vivote entre ombre et lumière. Présente sur le terrain depuis 1997, suite à une convention signée avec le Conseil provincial, la société Azema Bus menace de cesser ses activités si les autorités locales ne remettent pas de l’ordre dans le secteur.
Selon Otmane Himy, co-directeur de cette entreprise, les difficultés d’Azema Bus sont nées de la présence sur le terrain d’un deuxième concessionnaire, lequel exploiterait les lignes en toute illégalité : «le Conseil provincial nous avait encouragés à partir de 1999, d’augmenter notre parc pour desservir en plus d’El Jadida, Azemmour et Haouzia ». Seulement, la garantie d’exclusivité promise par écrit par le wali de l’époque, confirmée par la suite par le ministère de l’Intérieur et les communes concernées, sera vite oubliée. L’entreprise a débuté en 1997 avec 20 bus pour atteindre 35 deux ans plus tard, en 1999, lors de l’arrêt définitif des activités de la société Americar SA de Mohamed Zahraoui.
Aujourd’hui, l’ex-homme fort du transport urbain à Casablanca gère un petit commerce à Paris sur la rue Saint-Michel à côté de la Fontaine des Innocents. Avant de se retirer du secteur , il aurait aidé son frère, M’hamed Zahraoui, à s’installer dans le transport urbain à El Jadida.
En effet, six mois après l’investissement d’Azema Bus dans de nouveaux bus , une petite entreprise apparaît sur le terrain. C’était durant l’été 1999. Le nom de ce «concessionnaire », Americar El Jadida, n’est pas sans rappeler Americar, l’ex-transporteur urbain à Casablanca.
Dans les registres locaux de la ville, on découvre en effet que l’entreprise de Mohamed Zahraoui avait signé une concession de vingt ans, entre 1985 et le 31 décembre 2004.
La mystérieuse Americar El Jadida se fait passer au début comme étant une filiale d’Americar, pour exploiter les lignes accordées à celle-ci. Rien de plus normal. Mais quand on y regarde de plus près, on constate que la relation entre les deux Americar n’est pas évidente. Au registre de commerce, on découvre que le numéro 2003 correspondant à Americar El Jadida, une SARL à personne juridique unique, est au nom d’un certain Anouar Abdelkader. En fait, sauf coïncidence, il s’agit du célèbre patron de Rahabus. Americar El Jadida joue-t-il le rôle d’un paravent pour la puissante entreprise casablancaise, actuellement en redressement judiciaire?
Interpellé, Haj El Anouar est catégorique : «il n’y a aucun lien entre Americar El Jadida et Rahabus. C’est du n’importe quoi » , lance l’homme d’affaires marocain, légèrement irrité par la question! Haj El Anouar nie tout en bloc.
Pourtant, dans un acte de vente datant de 1999, cette relation entre Americar El Jadida et Rahabus apparaît évidente. A cette date, 950 parts sociales sont cédées par Zahraoui M’hamed à Anwar Abdelkader demeurant au Boulevard Abdellatif Ben Kaddour à Casablanca. Une autre transaction entre les fils des hommes d’affaires, se fera à l’ombre de celle-ci pour compléter le passage d’America El Jadida sous le giron de Anwar Abdelkader. Celle-ci concerne Issam, le fils de M’hamed Zahraoui et Mustapha, connu comme étant le bras droit de son père, Anwar Abdelkader. Les deux fils s’échangeront les 50 parts sociales restantes. Bien que la vente ait eu lieu en 1999, ce n’est qu’en novembre 2001 et sous la pression que celle-ci sera déclarée par les nouveaux gérants d’Americar El Jadida. Dans la foulée en 2002, suite à une augmentation de capital, la société change de gèrant et passe du père au fils Anwar. Interrogé à son tour, l’actuel président du Conseil provincial d’El Jadida, Abou El Faraj confirme à ALM, l’existence de deux concessionnaires de transport urbain dans la province, sans donner plus de détails. Ces deux concessionnaires exercent-ils tous légalement ? Le parlementaire istiqlalien n’a pas voulu en dire plus, ne souhaitant pas aborder de telles questions au téléphone. Aujourd’hui, non seulement, Americar El Jadida opère en toute impunité sur les lignes de l’ex- Americar, mais aussi, Azema Bus, concessionnaire légal, voit sa présence souvent remise en cause. Ce sera d’abord lors de la session du Conseil provincial en 2002. Sous la pression, celui-ci se désiste sur toutes les lignes d’El Jadida au profit du Conseil municipal, seul habilité d’après les tenants de la légalité, à signer des contrats de concession. Un prétexte pour relancer la concession du transport urbain par la voie d’une compétition ouverte ?
Toujours est-il que, le Conseil municipal, reconduit la signature de la concession au bénéfice de la société Azema sur la base d’une redevance de 10 000 dirhams par ligne au lieu des 5% du chiffre d’affaires brut, comme c’était le cas avec le Conseil provincial. La direction d’Azema se frottait les mains, pensant avoir fait la bonne affaire.
Mais voilà que le même Conseil provincial qui s’était désisté au profit de la municipalité qui revient à la charge pour réclamer ses 5%. Comme si de rien n’était. Surpris par cette requête, le staff de l’entreprise oppose une fin de non recevoir tout en se plaignant auprès de la ville. Rien à faire. Pendant ce temps, Americar El Jadida continue d’exercer. Difficile de déterminer la base de la rémunération du Conseil provincial et des communes. Encore plus difficile d’obtenir de la perception locale, ce qui Americar verse, en l’absence d’un papier légal. La direction d’Azema Bus accuse son concurrent de ne pas payer de redevances ni au percepteur d’impôt, ni au Conseil provincial, encore moins aux communes.
Face à cette règle des deux poids, deux mesures, Azema Bus qui a vu le nombre de ses bus tomber à 24 dès le début de l’année 2000 est aujourd’hui aux abois. Obligée de voir la concurrence s’installer sur ses lignes, cette entreprise s’est plaint à tous les nouveaux. Y compris au ministère de l’Intérieur, lequel a son mot à dire dans la concession du transport urbain.
En juin 2002, la Direction des régies et services concédés, délégation de ce ministère, adresse un courrier au gouverneur de la province d’El Jadida. «En ce qui concerne le réseau concédé par la Commune urbaine d’El Jadida en 1986, il a été constaté que l’exploitation de ce réseau n’est actuellement pas assurée par le concessionnaire initial, en l’occurrence la société Americar, mais par un autre exploitant qui est la société Americar El Jadida, créée en 1998».
L’organe du ministère de l’Intérieur rappelle dans ce courrier dont ALM a une copie, le caractère intuiti personnae de la concession (qui est nominative, ne pouvant être ni cédée ni louée) et invite le gouverneur d’El Jadida à prendre «des mesures urgentes pour le redressement de cette situation en tenant compte, à la fois, des dispositions du contrat de concession et des impératifs de continuité du service public ». Ces injonctions sont restées lettre morte.
Parallèlement, la concession de 20 ans dont se réfère Americar El Jadida est arrivée à expiration le 31 décembre 2004. Ce qui apparemment est passé inaperçu aux yeux des conseillers et des responsables locaux, lesquels n’ont pourtant pas hésité une seconde à envoyer à la fourrière, depuis le 5 mai 2005, deux bus d’Azema au motif de non paiement des taxes.










