ALM : Après avoir visionné tous les films marocains en compétition, quel est votre regard sur la production marocaine ?
Michel Khleifi : En fait, je n’ai pas une grande connaissance du cinéma marocain. Mais de manière générale, on peut dire que le Septième art de ce pays de la Méditerranée a atteint une bonne moyenne. C’est la même situation vécue dans les autres pays qui n’ont pas un long passé cinématographique. Pour arriver à obtenir des œuvres qui transcendent la création, il faudrait qu’il y ait plus de liberté dans la créativité. Il faut savoir que la création ce n’est pas une formule, elle n’est pas systématique.
En plus de votre métier de cinéaste, vous animez également un programme de formation au profit de jeunes élèves palestiniens. En quoi consiste au juste cette formation ?
Il s’agit d’une formation aux métiers de la réalisation. C’est un programme soutenu par l’Union européenne et qui vise à initier des élèves palestiniens aux techniques de la réalisation cinématographique. Après les quelques cours théoriques sur tout le processus de la réalisation d’un film, nous leur donnons la possibilité de concrétiser leurs idées cinématographiques sur le terrain. Ainsi, les candidats à la formation font des repérages et exécutent leur plan de tournage muni de leurs caméras. Cela a donné de bons résultats et pour encourager ces réalisateurs en herbe, nous avons édité les meilleurs films vidéo et nous les avons commercialisés en format DVD.
Les tournages en Palestine n’étaient pas difficiles à gérer étant donné le climat tendu qui y règne ?
Dans tous les pays du monde il y a des lois que les réalisateurs doivent respecter. La Palestine ne fait pas exception à la règle. Nous prenons cependant le temps nécessaire pour demander les documents nécessaires et remplir toutes les formalités des autorités municipales. Le territoire palestinien est sous l’occupation, mais en même temps la vie continue.
Que vous a apporté la pédagogie dans votre carrière cinématographique ?
La pédagogie, c’est extraordinaire. Cela m’a permis de faire révéler des talents et de découvrir toutes les variations de la création. Le fait de former des jeunes, cela m’a donné une nouvelle vision du monde. Cela permet d’approcher l’univers d’une nouvelle façon.
Dans une rencontre à la cinémathèque de Tanger vous avez déclaré que vous aviez envie d’arrêter ce programme de formation. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?
Nous avons formé les élèves qui, à leur tour, s’engagent à prendre le relais. C’est ce qu’on avait convenu dès le départ avec les bénéficiaires de la formation. Aujourd’hui, j’ai envie de m’offrir une pause pour réfléchir sérieusement à ma carrière de cinéaste. «La route 181 » sorti en 2004 a été mon dernier film. Je suis actuellement plongé dans un scénario. J’ai hâte de revenir au cinéma que je considère comme étant une fenêtre pour dévoiler une lumière.
Quel est votre regard sur le cinéma palestinien ?
Cela dépend de ce qu’on appelle cinéma palestinien. On ne peut évidemment pas parler d’industrie cinématographique, mais on peut par ailleurs évoquer les expériences assez fructueuses de certains réalisateurs qui essaient tant bien que mal de s’imposer. Le cinéma palestinien se résume en l’expression de l’expérience palestinienne. C’est un cinéma jeune qui peut aboutir à de belles réalisations quand la situation sera stable.










