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Un officier au service du Roi (11)

© D.R

Quelques jours plus tard, un lundi matin, j’accrochais aux murs de ce qui, en principe, devait devenir mon «bureau», des photos de mes stages en France. Le commandant Aumont ouvrit la porte, affichant un sourire bienheureux, un papier à la main.
Il me tendit le papier :
C’était la décision portant ma nomination aux fonctions de commandant en second du 1er escadron aérien de l’aviation des FAR .
La décision était signée de : S.A.R. le Prince Moulay El Hassan, Chef d’Etat-Major des FAR. 
Cette décision allait me permettre d’agir et de devenir, aux côtés du commandant Aumont, le premier officier aviateur marocain, qui va commencer à chercher, avec doigté et diplomatie, à donner une orientation à dominante «nationale», à cette aviation militaire marocaine naissante. 
Alors, par quoi commencer ?
Les sous-lieutenants aviateurs de la zone nord, issus de l’académie de l’air espagnole de San Javier qui n’avaient pu débuter leur spécialisation en deuxième année ?….
Le dialogue avec la mission militaire de coopération technique auprès de l’ambassade de France à Rabat pour la prise en charge future des bases aériennes que l’armée de l’air française évacuerait ?…
La définition et le nombre des équipements aériens minima «essentiels» et «nécessaires» pour la mise en œuvre de cette aviation militaire
naissante ? …
Autant de problèmes , monstrueux et importants , qu’il fallait résoudre dans les temps les meilleurs et dans les conditions les plus appropriées, conformément aux directives de l’Etat-Major général :
Quelle immense responsabilité !  quelle extraordinaire «mission» !!! 
Ce mois d’avril 1960 sera, pour les forces armées royales, le mois des innovations, des déploiements, des réorganisations et même des créations d’unités nouvelles. C’est ainsi que fut créée la «Marine royale» .
Par arrêté n° 899-60 du ministre de la défense nationale en date du 30 avril 1960 «l’unité administrative n° 1 de la marine royale» est créée à compter du 1er avril 1960. La Marine royale «recrute» : dans le civil et dans le cadre des jeunes officiers d’active des FAR. Il m’avait semblé que c’était là une opportunité intéressante pour nos jeunes «sous-lieutenants» de la zone nord, dont la formation avait été tronquée, pour se tourner vers des horizons nouveaux , et une carrière aussi «Chalanging» que l’aviation militaire. Le commandant Aumont, qui m’écouta avec intérêt, décida de réunir tous les aviateurs «hispanisants» et les informa des nouveaux débouchés qui venaient de s’ouvrir devant eux du fait de la création de la «marine royale» par S.M. le Roi Mohammed V : «Sachez que tout candidat souhaitant être détaché auprès de la Marine royale, gardera son grade de sous-lieutenant, son ancienneté de service et sa solde mensuelle» .
Les candidats «Marine royale» ne se bousculaient pas au portail air.
Le sous-lieutenant Driss Abaroudi s’approcha de moi et, à titre personnel, me demanda :«Abdeslam, qu’est que tu en penses ?» Je connaissais Driss, il était un peu plus jeune que moi, mais il était surtout un Tangerois , dont je connaissais la famille, et plus particulièrement la mère, «Lalla Chmouche». Cette femme, professeur d’arabe respecté avait élevé toute seule son unique enfant, Driss, après le décès du père et mari. Elle avait fait de cet enfant un brillant élève, dominant à la fois l’arabe, l’espagnol et le français. Driss était mon «ami».
Driss, qu’est-ce que tu veux que je te dise? Dans l’aviation, toi et tous tes camarades du nord, vous aurez votre place chez nous : ça j’en suis persuadé! Cela juste va prendre un certain temps. Maintenant, pour toi, Driss, tu n’as pas besoin d’attendre.
« A Tanger il y a la plage, il y a la mer et il y a l’océan. Toi, Driss, tu aimes çà et tu connais çà. Dans la marine tu seras chez toi, et tu seras le premier Tangerois marin».
Le sous-lieutenant Driss Abaroudi rédigea sa demande manuscrite sur papier ministre blanc non rayé , adressée à S.M. le Roi, Chef Suprême et Chef d’Etat-Major des FAR.

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