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Tous pour le Sahara (13)

© D.R

Cette fois-ci, en 1976, nous passons d’emblée aux problèmes d’actualité. Le Roi me dit combien il est révolté et peiné par l’attitude des dirigeants algériens et décrit, brièvement mais sobrement, la situation. J’enchaîne pour exprimer notre consternation (…) et conclus ainsi: «Le président Bourguiba souhaite, vivement et avec insistance, que l’affrontement s’arrête là, qu’on prenne un temps minimum pour calmer la tension afin de reprendre le contact et, le cas échéant, le dialogue.
Le Roi m’interroge sur ma mission en Algérie : – C’est la même que celle du Maroc (…) J’ai l’intime conviction qu’une volonté personelle immédiate et réciproque du Roi Hassan II et du président Boumédiène est nécessaire pour éviter l’escalade et toutes ses conséquences».
Le Souverain réfléchit un instant, puis se lance, calmement, dans une diatribe contre l’Algérie pour terminer son exposé géopolitique : L’affaire du Sahara est maroco-mauritanienne, et les deux pays ont réussi à décider l’Espagne à partir. L’Algérie veut interférer et compliquer la situation. Vous en connaissez les raisons aussi bien que moi.
Puis Hassan II se lance dans l’historique de ses manifestations de bonne volonté à l’égard de l’Algérie, restées, assure-t-il, sans réciprocité. Il épilogue, longuement, sur l’affrontement de 1963 et sa décision, malgré une forte opposition intérieure, de céder Tindouf «comme Bourguiba l’a fait pour la borne 233. Le Roi exulte en vantant les vertus guerrières du peuple marocain : – Le Maroc, ce faisant, défend toute la région et veut cantonner une fois pour toutes l’Algérie dans ses frontières (…) Vous êtes aussi concernés que nous.
La maîtrise du Roi est impressionnante. Il martèle ses mots, sait se référer au passé pour aller au présent et revenir, avec brio, au passé, pour déterminer l’avenir. Il sait être brillant. Mais, je ne m’égare pas et reviens au sujet : – J’aimerais rapporter à Bourguiba votre décision d’arrêter l’escalade. Ce qui me vaut une nouvelle tirade du Roi qui proclame à la fin : – L’armée fera son devoir.
Bouleversé par cette détermination, je prends sur moi-même d’affirmer : – La Tunisie sera contrainte de déplorer et de dénoncer toute nouvelle complication !
– Est ce la position personnelle de Bourguiba ?
– Majesté, ma mission est nette et précise (…) Vous avez toujours rappelé les conseils de feu Sidi Mohamed V pour une concertation permanente entre les deux pays» (…) et je finis par laisser entrevoir que les Algériens sont déterminés à en découdre eux aussi. Un pesant silence s’installe. L’audience en reste là ; Hassan II me demande de prolonger mon séjour : il veut me recevoir une seconde fois. Je rentre au palais des hôtes pour déjeuner avec quelques ministres marocains, notamment deux vieux amis, Taiebi Benhima et Ahmed Snoussi, ancien ambassadeur en Tunisie. Ils savent que je vais revoir le Roi, le déjeuner est plus calme que le dîner de la veille, mais les interrogations sur cette seconde entrevue prédominent. Il est difficile de détendre complètement l’atmosphère.
Le soir, c’est vers 22 heures, que je suis réintroduit au palais de Fès. Le souverain, vêtu en chef militaire, me reçoit à un autre étage, dans un autre bureau que celui du matin et me déclare : «Je viens de me réunir avec mon état-major (…) Cette enveloppe [qu’il me montre contient mes instructions pour aller de l’avant. Nous devions occuper ce soir Bir Helou. J’ai tout arrêté provisoirement. Vous le direz à Bourguiba. J’espère qu’il obtiendra la réciprocité et qu’on ne le décevra pas (…) L’Algérie ne doit plus interférer dans les problèmes de la région dont l’équilibre géographique ou politique ne se fera pas selon ses ambitions».


• Tahar Belkhodja

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