Culture

Lire

Glyphe

Dans une atmosphère délirante, le nouveau roman de Percival Everett relève d’un exercice de style brillant. À travers « Glyphe », l’auteur prête sa voix à un bébé, mais pas n’importe lequel : un bébé dont le QI est tellement élevé qu’il en vient à filer des complexes à tout le monde. Alors, quoi de plus effrayant pour l’intelligentsia de constater qu’un poupon de quelques mois peut mettre en péril son autorité intellectuelle ancestrale. Avec une jubilation non dissimulée, Percival Everett s’amuse à mettre à mal le système élitiste et prétentiard d’un certain milieu universitaire, réussissant subtilement la confrontation du comique à l’érudition. Chacun en prend pour son grade : les psychiatres passent pour des fous à lier, les philosophes pour des illuminés – avec une mention spéciale au personnage de Roland Barthes qui, noyé dans un narcissisme poussé à son paroxysme, transpire le ridicule et la bouffonnerie. « Glyphe » est aussi un roman protéiforme qui conjugue avec brio les genres les plus improbables. Polar décalé, essai philosophique sur le langage et l’écriture, le livre se présente sous la forme d’un manuel de bébé-écrivain de génie, à l’aube de sa création.

Glyphe de Percival Everett
Éditions : Actes Sud, 2008


Seul dans le noir

Il n’y a pas de frontière entre l’imaginaire et le réel ; il n’y a que des ponts entre des mondes parallèles, que l’écrivain franchit pour dire sa propre vérité. Ces voies «impénétrables » de la création sont au coeur de l’oeuvre de Paul Auster. «Seul dans le noir» n’échappe en rien à cette quête essentielle. Digne successeur de «Dans le scriptorium», le nouveau roman de l’écrivain new-yorkais prolonge une réflexion menée dans un cadre très expérimental par une application romanesque de haute voltige. Tout est dans le pouvoir des mots, dans la force des idées. August Brill, critique littéraire à la retraite, handicapé, fomente de sombres histoires au creux de ses nuits sans sommeil. Un monde jaillit, une autre dimension où la croisade américaine en Irak devient une seconde guerre civile américaine dont le « héros malgré lui » doit liquider l’esprit qui l’a engendré.

Seul dans le noir de Paul Auster
Éditions : Actes Sud, 2009


Anthology

Si ‘Akira’ est considéré comme un sommet du manga, qui a ouvert la brèche de la bande dessinée japonaise en France, on connaît finalement peu l’oeuvre du fameux Katsuhiro Otomo. Les éditions Kana proposent de combler ce manque en réunissant une douzaine d’histoires courtes, datant de la fin des années 1970 et du début des années 1980. Point commun entre ces récits : la science-fiction. Otomo affectionne les ambiances spatiales (à l’image de « Memories », qui sera réutilisé dans son court métrage animé « La Rose magnétique ») ou, dans un autre genre, les intrigues d’anticipation, qui inspireront par la suite « Akira ». Dès cette période, le mangaka fait montre d’un talent éblouissant.

Anthology de Katsuhiro Otomo
Éditions : Kana, 2008

Lire votre journal

EDITO

Couverture

Nos suppléments spéciaux

Articles les plus lus