ALM : On parle de plus en plus de manque de visibilité utilitaire pour les mathématiques. Cela ne risque-t-il pas de brouiller la donne pour nos élèves?
Baroudi Maâzouzi : Ce sont des choses qui peuvent arriver avec certains parents ou élèves qui ne discernent pas l’abstrait du palpable pour ce qui est des apprentissages, notamment en mathématiques. Ils ne parlent que de notes et de coefficients pour réussir leur baccalauréat. C’est malheureusement le cas pour plusieurs enseignants, au niveau du lycée, qui ne font pas grand-chose pour orienter leurs élèves dans le sens de la maîtrise pratique. Et ce n’est pas leur faute, car nos programmes ne proposent pas des cursus adéquats à cette approche d’apprentissage. Il est impératif de changer de consignes et de ne plus demander à l’élève de prendre telle équation pour tel inconnu afin de proposer telle solution. Il faut donner du sens à l’apprentissage des mathématiques. Il est temps de lui proposer des questions d’ordre général qui n’ont rien à avoir avec le fondement du problème mais qui l’aident à trouver sa stratégie de mathématisation. Une fois qu’il arrive à transcender une situation de vie en problème de mathématiques, il comprendra sur le champ l’importance des mathématiques dans sa vie quotidienne et de surcroît saisir la dimension pratique des maths.
Comment appliquer ces approches au niveau du lycée ?
Il faut, primo, alléger les programmes. Secundo, faire suivre aux professeurs concernés des formations continues qui les familiariseront avec ce type d’approche et d’analyse. Ce n’est pas le cas des formations actuelles, qui ne font qu’effleurer les attentes au lieu de proposer de réelles alternatives de travail. Il est aussi possible de modifier les contenus et les appellations. Au lieu de parler d’un cours de maths, on passera à une phase où les mathématiques sont couplées avec l’informatique par exemple.
N’y a-t-il pas de lien entre ce que vous dites et ce que préconise le plan d’urgence dans son volet pratique ?
Le plan d’urgence n’est pas à prendre comme une rupture avec toutes les pratiques qui l’ont précédées. Ce qu’il apporte pour ce qui est de la compétence de l’intégration n’est pas inédit pour les maths. On a déjà connu cela quand on parlait de pédagogie à problèmes ouverts (PPO). C’est le fait de donner une situation problématique constatée. En apparence, cet exercice n’a rien à voir avec un exercice de maths traditionnel. Mais grâce à l’approche heuristique, l’apprenant peut dépasser ses difficultés par des techniques de découverte. C’est mettre l’élève devant une situation à problèmes pour qu’il puisse intégrer des connaissances cognitives dans des situations vécues et non pas comme initiation directe à telle ou telle connaissance.









