Il ne subsiste plus qu’un petit fort en assez bon état, situé à l’extrémité nord de la ville, et une batterie de canons en face de la baie. Cette place étant mal défendue, il est évident qu’elle ne pourrait faire qu’une faible résistance contre l’ennemi qui l’attaquerait.
La ville occupe un très petit espace, et n’a rien de remarquable ; elle est bâtie près de la mer, est entourée d’une vieille muraille qui tombe en ruine ; ses environs sont couverts de vignobles ; on y voit quelques vergers ensemencés en blé. En s’éloignant de la ville, on ne trouve que du sable et des montagnes arides. La situation de Tanger n’est rien moins qu’agréable ; les maisons y sont en général mal bâties, et annoncent la misère. Leurs toits sont plats. Les murs sont communément blanchis à l’extérieur. Le sol des appartements est simplement de terre battue. Les maisons n’ont point de second étage.
Les Juifs et les Maures vivent mêlés ensemble à Tanger, ce qui se voit rarement en Barbarie. Cette cordialité entretient plus de confiance entre eux qu’il n’en existe dans les autres parties de l’Empire : ainsi les Juifs, au lieu de marcher nu-pieds, comme à Maroc, à Taroudannt et dans plusieurs autres villes, ne sont assujettis à ce pénible usage que quand ils passent dans une rue où se trouve une mosquée, ou un de ces édifices appelés sanctuaires, qui sont particulièrement révérés des Maures.
Tous les consuls étrangers (excepté celui de France qui est établi à Salé) font leur résidence à Tanger, quoique les habitants n’y soient pas plus civilisés que dans les autres villes de Maroc. Avant le règne de Sidi Mohamet, il leur était permis de s’établir à Tétouan, bien préférable à Tanger, par l’agrément des campagnes qu’on trouve dans les environs. Une aventure de fort peu d’importance fit chasser les chrétiens de cette agréable cité. Un Européen qui s’amusait à tirer des oiseaux dans le voisinage de la ville eut le malheur de blesser une femme maure qui se trouvait par hasard dans la direction de son fusil, et cet accident ayant été rapporté à l’Empereur, il jura par sa barbe qu’aucun chrétien n’entrerait à l’avenir dans Tétouan ; et, comme ce serment (par la barbe) n’est jamais fait par les Maures que dans des occasions importantes, et que l’Empereur ne le violait jamais, les chrétiens qui faisaient leur demeure à Tétouan en ont tous été renvoyés.
Le peu d’agrément dont jouissent les consuls dans ces contrées barbares ne doit pas faire envier leur sort. On a même de la peine à concevoir qu’il se trouve des hommes assez avides de faire fortune pour abandonner leur patrie, et venir ici mener la vie la plus ennuyeuse. Les habitants ne font aucune société avec les consuls, et les traités qu’ils ont signés au nom de leurs souverains, sont souvent insuffisants pour les garantir des insultes auxquelles ils se voient sans cesse exposés. En butte aux caprices d’un despote qui n’a d’autre loi que sa volonté, celui-ci leur ordonne de venir à la cour, et après leur avoir fait faire un voyage cher et pénible, il les renvoie sans qu’ils aient tiré aucun avantage, quelquefois même ils ignorent pourquoi ils ont été ainsi mandés.
Les consuls anglais, suédois et danois, ont fait bâtir des maisons de campagnes dans les environs de Tanger, où ils vont se consoler de leurs tracas ; ils s’y occupent de leurs jardins, de la pêche, et surtout de la chasse, qui est fort agréable dans ce pays, à cause de l’abondance du gibier. Enfin, les consuls remplacent, autant qu’ils peuvent, par toutes sortes de plaisirs champêtres, les jouissances de la société. Sur la côte nord de Tanger, on voit un château à moitié ruiné qu’habite le gouverneur.
• Par William Lemprière
Voyage dans l’empire de Maroc et au Royaume de Fez








