•Les quatre accusations portées contre Baçri et Youssoufi
Le lendemain, 17 décembre, la MAP (Maghreb Arabe Presse) publiait, dans un article que al-Raï al-Am devait reprendre le lendemain 18, la liste des accusaions portées alors contre Baçri et Youssoufi : “1- Manquement au respect dû à la personne de Sa Majesté (article 41 du code de la presse); 2- Incitation à des crimes attentant à la sûreté de l’Etat (art. 39 du même code); 3- Perpétration d’actes susceptibles de troubler l’ordre public; 4- Atteinte à la sécurité de l’Etat.” Quatre accusations toutes plus lourdes et plus grossières les unes que les autres. A quoi les responsables pouvaient-ils bien les appuyer?
Comme on devait s’y attendre, l’événement ne fut pas sans retombées. La presse internationale se relaya en effet pour dénoncer ces arrestations qui avaient touché les directeur et rédacteur en chef d’un journal responsable, s’exprimant au nom d’un parti non moins responsable, disposant de nombreux appuis à l’étranger, où Mahdi se trouvait d’ailleurs, propageant la nouvelle et mobilisant les forces amies. Par ailleurs, des vagues de protestations ne tardèrent pas à se soulever à l’intérieur du pays sur l’instigation d’organisations populaires. Les responsables furent donc obligés d’indiquer le motif des deux arrestations, ce qui les amena à prononcer leurs quatre accusations, aussi lourdes qu’inadmissibles.
Ces accusations, que nul être doué de raison ne pouvait concevoir, ne firent que mettre à nu l’embarras et la confusion des auteurs du complot contre l’UNFP, qinsi que leur incapacité à évaluer correctement les données de la situation. Ils avaient en effet justifié la saisie du journal, l’arrestation de ses directeur et rédacteur en chef -ainsi que les accusations portées contre ces derniers- par les propos publiés, le 13 décembre 1959, dans la rubrique “Dans le mille”, que belghiti signait du pseudonyme Abu Nawfal.
En réalité, cet article ne faisait que reprendre la substance du communiqué publié par le Conseil national de l’UNFP, réuni en première session le 6 décembre -deux mois après son élection- ainsi que la situation qui prévalait alors, situation de corruption, de dépravation et de partialité de l’administration. Le paragraphe incriminé disait : “C’est une situation (de corruption et de dépravation de l’administration) que le Conseil national de l’UNFP n’a pas hésité à condamner, soulignant la nécessité de la changer en procédant à l’assainissement de l’appareil administratif par l’élimination des éléments destructeurs qui n’hésitent pas -pour réaliser les sombres et coupables desseins qu’ils nourrissent- à entraver le progrès du pays et sa marche vers la prospérité. Il est en effet inadmissible que le gouvernement, institution responsable, directement et avant toute autre, des affaires du pays, ne dispose point de l’autorité nécessaire pour faire fonctionner et pour contrôler l’appareil administratif exécutif qui relève légalement d’elle, et qui devrait normalement former avec elle un tout, solidaire et indivisible, condition sine qua non -comme le dit d’ailleurs à raison l’UNFP- à l’établissement de règles de gouvernement acceptables et conformes à celles adoptées par les régimes démocratiques. Dans sa décision, le Conseil national cite, à titre d’exemple, la contradiction honteuse et patente qui révèle le système de gouvernement en place dans ce pays où les forces de police agissent indépendamment des appareils administratifs et prennent des décisions contraires aux dispositions de la loi, sans en référer pour cela aux responsables gouvernementaux censés assumer la responsabilité de toute action entreprise dans le pays.”
L’article s’achevait ainsi : “A notre tour, nous estimons inutile de citer des exemples de l’incidence de cet état des choses sur la vie publique. Nul n’ignore en effet les dispositions et décisions arbitraires dont souffrent le peuple, ses organisations syndicales et même sa presse militance : dispositions et décisions dont le gouvernement n’est informé qu’une fois advenues et appliquées, car émanant de parties à qui la loi n’alloue aucun droit d’ingérence dans ce qui relève précisément et avant tout des compétences du pouvoir exécutif, c’est-à-dire du gouvernement, seul à être directement responsable devant l’opinion publique marocaine.”
• Par Mohammed Abed al-Jabri









