Il s’agit notamment du caïd Bachir, que nous évoquions plus haut, ainsi que d’un résistant connu sous le nom de Fakhri, qui, dans le cadre desdites réactions, avait affronté des éléments de la police dans une bataille rangée. Arrêtés, lui et trois de ses compgnons, les quatre seront passés en jugement le 19 août 1961, et condamnés à mort. Contrairement à toute attente, le pouvoir personnel les fera exécuter le 24 janvier 1962, soulevant une violente vague de mécontentement et de protestation.
«Al-Tahrir» reflètera ce mécontentement dès son numéro du 25 janvier. Sur la première page du journal, on pourra en effet lire la nouvelle, étalée sur huit colonnes: “Exécution de quatre résistants dans la prison centrale de Kénitra”. Il s’agissait de Moulay Idriss Ben Ahmed Doukkali, Ahmed Ben Mohamed Tajja, alias le Japonais, Abdallah Znagui et Mohamed Benhammou.
Le journal n’omettra pas de rappeler que ce dernier, condamné à mort par les autorités coloniales, n’avait pourtant pas été exécuté; que, libéré à l’avènement de l’indépendance, il venait d’être paradoxalement exécuté par le pouvoir personnel.
Le journal publiera à l’occasion une photographie représentant le résistant Benhammou cerné par des éléments de la police française dans l’enceinte du Tribunal français au Maroc. Sous la photographie, on pouvait lire : “Le martyr Mohamed Benhammou : condamné à mort par les autorités coloniales, il vient d’être exécuté par le pouvoir personnel.”
Al-Tahrir ajoutera qu’au moment de son exécution, Benhammou avait refusé de se laisser bander les yeux, s’était écrié, faisant écho au résistant Rachidi, condamné à la peine de mort quelques années plus tôt par les autorités coloniales: “Laissez-moi admirer une dernière fois le ciel du Maroc pour lequel je meurs!”, que Abdallah Znagui s’était écrié au moment d’être exécuté : “Vive l’histoire!”, et que le dernier mot du troisième avait été ; “C’est bien là la récompense que nous recevons de la main du féodalisme!” (al-Tahrir, 25 janvier 1962)
1- Dans les condition que nous venons de décrire, une autre réaction se fera indépendamment un chemin : celle qui durant les années 1962-1963 occupera tous les esprits sous le nom de son instigateur, le dénommé Ahmed Agouliz, alias Cheikh al-Arab. Ancien résistant, l’homme avait été emprisonné à la première année de l’indépendance pour avoir exécuté l’officier de police qui avait tiré sur Allal Ben Abdallah quand celui-ci avait exécuté son attentat contre le roi fantoche Benarafa. Membre de la police française, cet officier avait pu se maintenir en poste à l’avènement de l’indépendance. Muté à Agadir, il était tombé sur Cheikh al-Arab qui, le reconnaissant pour avoir lui-même vécu à Rabat avant l’indépendance, n’avait pas hésité à lui tirer dessus, le tuant.
Il faut dire que l’année 1956 avait connu nombre de liquidations de ce genre -liquidations des anciens collaborateurs de l’administration coloniale, mais aussi règlements de comptes entre résistants. Libéré, Cheikh al-Arab entrera dans la clandestinité.
• Par Mohammed Abed al-Jabri









