Hier, appelés aux urnes pour ratifier la Constitution européenne,
les Français n’ont pas fait de quartier. A 54,87 % (résultat définitif), ils
ont rejeté le texte qui leur était proposé. La victoire du non avait été
annoncée par l’ensemble des instituts de sondage depuis une semaine. Le
désaveu n’en est pas moins cinglant pour les tenants du oui, à commencer par
le chef de l’Etat, mais aussi la direction du PS. Le vote constitue
également un refus sans équivoque d’une Europe considérée par une majorité
de Français comme faisant la part trop belle au libéralisme.
En 1992, le traité de Maastricht avait terminé ric-rac, à 51,05 %. La
Constitution, elle, n’aura donc pas réussi à passer l’épreuve des urnes. Au
terme d’une longue campagne, qui a vu le pays se passionner pour un texte
réputé ardu, les Français se sont rendus en masse aux urnes. Avec un taux de
participation de 69,74 %, ce scrutin fait jeu égal avec Maastricht (où la
participation avait été de 69,7 %) et a largement dépassé en affluence les
régionales de mars 2004, qui avaient pourtant marqué un sursaut de la
participation (65,73 % au deuxième tour). Région par région, le non
enregistre ses meilleurs scores en Picardie (65,02 %), dans le
Nord-Pas-de-Calais (64,89 %), en Languedoc-Roussillon (62,41 %) ou dans le
Limousin (59,22 %). A minuit et demi, le oui n’était majoritaire que dans
trois régions : Bretagne (50,90 %), Pays-de-la-Loire (50,12 %) et surtout
Alsace (53,44 %).
Nouer. Conclu au printemps 2004 entre les 25 pays membres, le texte devait
permettre d’améliorer le fonctionnement de l’Union. Il comportait également
une partie III qui reprenait les traités déjà existants, axés sur la notion
de «concurrence libre et non faussée». C’est autour de cette partie que
s’est noué le débat à gauche. Emmené par Jean-Luc Mélenchon, Henri
Emmanuelli et, en fin de campagne, Laurent Fabius, une moitié du PS a
rejoint le PCF, l’extrême gauche, la gauche «mouvementiste» et une grosse
minorité des Verts dans la campagne du non. Hier soir, ces leaders de gauche
apparaissaient comme les grands vainqueurs du référendum, au détriment du
numéro un socialiste François Hollande.
Mais c’est pour le chef de l’Etat que le revers est le plus grave.
Aujourd’hui, il devra commencer par rassurer ses partenaires sur la volonté
européenne de la France et aussi leur expliquer la signification qu’il donne
à ce non. Une chose est sûre : pour le moment, il n’est pas question
d’entamer une renégociation du texte. A 22 h 30, le chef de l’Etat est
intervenu en direct depuis le palais de l’Elysée (lire ci-contre). Après une
brève Marseillaise, il est apparu avec un étrange sourire au visage. Prenant
acte du résultat de la consultation, il a appelé les Français à «se
rassembler» derrière la défense des intérêts nationaux, c’est-à-dire
derrière lui. Après la claque reçue par les listes UMP aux régionales, puis
aux européennes de juin 2004, le voilà mis en échec par les Français pour la
troisième fois. Cette fois, le revers devait se traduire par un changement
de Premier ministre. «Je vous ferai part, dans les tout prochains jours, de
mes décisions concernant le gouvernement et les priorités de son action», a
dit le Président.
Promotion. L’ampleur du score du non conforte l’hypothèse d’une
promotion-éclair de Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur. Mais, à
droite, le calme n’est pas près de revenir. Dès hier, le président de l’UMP,
Nicolas Sarkozy, qui ne cache pas son hostilité à la nomination de Dominique
de Villepin à Matignon, a signifié une nouvelle fois qu’il n’entendait pas
rester inerte et a appelé à «un tournant majeur dans nos politiques
économiques et sociales». Affaibli et même sonné par sa défaite, mais
retrouvant ses réflexes d’opposants, François Hollande a aussitôt mis en
garde l’opinion : «Il n’y a pas d’inflexion à attendre du discours de
Jacques Chirac, aucune illusion à avoir sur le prochain gouvernement. Ce
sera la même politique, avec, hélas, les mêmes résultats.»
D’après Libération










