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Quelle donne en Mauritanie ?

Le premier émissaire étranger en visite à Nouakchott, vendredi, est Yassine Mansouri, patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), porteur d’un message de SM le Roi Mohammed VI. La teneur du message n’est pas connue. Ce qui n’empêche pas beaucoup de commentateurs dans la presse d’y voir le signe de la continuité d’une coopération fructueuse.  Cette visite intervient quarante-huit heures  après l’avènement du Comité militaire pour la justice et la démocratie à la tête de la République islamique de Mauritanie, et à l’heure où  les observateurs tentent de déceler les signaux directeurs d’une future politique étrangère. Exercice plutôt difficile vu la sobriété en déclarations affichées par le nouvel homme fort du régime.
Durant ses rencontres avec les partis politiques et les syndicats, Ely Ould Mohamed Vall est resté peu bavard. Tout d’ailleurs comme les 17 membres de la junte, tous assez silencieux devant l’objectif de la caméra.
A défaut de déclarations générales, c’est à l’aune des décisions prises que les Mauritaniens tentent de cerner le nouveau régime. Celles-ci s’inscrivent pour la plupart dans la suite logique du coup d’Etat : dissolution de l’Assemblée et du Sénat, démission du Premier ministre, nominations dans l’armée, etc. Des réaménagements destinés à asseoir l’autorité du nouveau régime. Dans le même registre aussi, la promulgation d’une charte constitutionnelle définissant les attributions du Conseil et de son président ainsi que de ses pouvoirs. En tout, 10 articles accompagnés d’un préambule, donnant au Conseil le droit d’exercer le pouvoir législatif à la place du Parlement dissous et  le pouvoir exécutif. Les différentes ordonnances contenues dans cette charte insistent sur le caractère transitoire et limité du CMJD et pouvoir. La junte se dit être là pour créer des conditions d’une démocratie réelle et transparente. Dans ce cadre, un référendum constitutionnel se tiendrait dans l’année à venir, suivi d’élections. Gage important, aucun des membres du Conseil militaire ne prendra part à ce scrutin. "Le Conseil militaire n’a pas d’ambitions électorales, il ne présentera pas de candidat à ces élections", a rapporté, enthousiaste,  Messaoud Ould Boulkehir,  l’un des opposants les plus virulents du président déchu et qui a connu plusieurs fois la prison.
La nomination d’un nouveau Premier ministre, en l’occurrence Sidi Mohamed Ould Boubakar, qui a brigué déjà ce poste, ouvre la voie à la formation d’un gouvernement transitoire. La présence de ce technocrate qui passe comme très proche de Paris où il était jusque-là au poste d’ambassadeur, au rang du numéro deux du gouvernement transitoire, relance les spéculations sur une quelconque bienveillance de la France vis-à-vis des militaires au pouvoir. Une thèse renforcée par le courroux de l’ambassadeur américain, lequel, selon les agences, aurait, exigé un retour à l’ordre constitutionnel durant son entrevue avec la junte. Les autres chancelleries occidentales à Nouakchott restent prudentes. Si le régime n’a pas essuyé, à l’exception des USA, de la Tunisie, du Nigeria et des lointaines Iles Comores, de sévères condamnations, par contre, Ely Ould Mohamed Vall n’a toujours pas fêté la première reconnaissance. A l’intérieur du pays, les marches de soutien et les déclarations enthousiastes se succèdent. L’ancien parti au pouvoir, le PRDS (Parti républicain démocratique et social) a annoncé son ralliement sans réserves au CMJD, imitant de ce fait toutes les autres organisations politiques. Les milieux islamistes ont aussi apporté leur motion de soutien au nouveau régime, suite à la libération d’une vingtaine de leurs membres.  Un communiqué signé par dix-huit personnalités dirigeantes du mouvement islamiste mauritanien a salué le changement de pouvoir.