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Réactions : Politiques et hommes d’affaires évaluent le bilan Jettou

Ismaïl Alaoui : «Les problèmes sociaux restent récurrents»
Je pense que le bilan du gouvernement Driss Jettou est bon. Mais j’estime également que ce bilan aurait pu être bien meilleur si le rythme des réformes avait été encore plus soutenu. Il est cependant tout à fait normal que ce rythme soit différent d’un département à l’autre. Mais encore une fois, globalement, c’est un très bon bilan. D’ailleurs, tous les observateurs, que ce soit au niveau national ou international, sont d’accord là-dessus. Il y a toujours des reproches à formuler quant à l’action de ce gouvernement dans certains domaines. Il y a eu en effet certaines carences, des choses qui n’ont pas été réalisées, notamment en ce qui concerne le volet de la lutte contre la corruption où les initiatives du gouvernement se sont montrées déficientes. Les réformes du secteur de l’éducation nationale laissent également à désirer. Les problèmes sociaux restent par ailleurs récurrents. Le programme de notre parti attire d’ailleurs l’attention sur ce manque qu’il va falloir rattraper grâce au vote des citoyens lors des élections du 7 septembre prochain.

Mohamed Abied : «Le bilan du gouvernement est négatif»
En terme d’objectifs concrets, le bilan du gouvernement Jettou est plutôt négatif. Toutes les priorités consignées dans  la déclaration gouvernementale n’ont connu que des échecs. Le problème de l’enseignement reste posé avec la même pertinence, l’habitat insalubre et l’expansion incontrôlable des bidonvilles réduisent considérablement l’effet de tout effort fourni dans ce chapitre et le chômage risque de devenir un phénomène structurel dans notre société.
A cela s’ajoute le manque de maturité et d’expertise politique qui a marqué le plus souvent la démarche gouvernementale ; improvisation, précipitation, frilosité sont les mots qui traduisent le mieux cette démarche. Jamais un gouvernement n’a eu à revoir autant de fois ses décisions et ses prises de positions. Et pour preuve, le seuil d’éligibilité est rejeté par la Cour constitutionnelle, la loi sur la déclaration obligatoire des biens est bloquée, et celle sur la circulation reste au point mort.
Même l’accompagnement des Initiatives royales, grâce auxquelles notre pays continue d’aspirer à plus de progrès, reste très limité et manque le plus souvent d’intelligence. Ce gouvernement n’a réussi à aucun moment à mobiliser la société en faveur de l’une des actions qu’il a menées.

Mohand Laenser : «M. Jettou est un vrai manager qui a toujours été à l’écoute»
Faire le bilan de cinq années de dur labeur en quelques mots n’est pas chose aisée.
Ce qui est sûr c’est que M. Jettou  marquera les esprits par son sens de la repartition et du sérieux. Ce que je peux dire c’est que c’est un excellent Premier ministre. Il a su consolider une équipe qui était plutôt disparate jusque-là. De plus, il a eu la capacité de mener à bien une série de travaux et de démarches réussies et ce, dans un climat assez difficile. La Primature de Jettou est très bonne. Il ne s’agit pas seulement de Driss Jettou le ministre, mais aussi de Driss Jettou l’homme. C’est un vrai manager qui a toujours été à l’écoute.
Reste à espérer que les personnes qui  succèderont dans ce poste suivront les pas de M. Jettou. Beaucoup de choses ont été réalisées. Peut-être qu’il reste certains problèmes non réglés, mais ceci n’est pas un problème dans la personne, il est très difficile de s’attaquer de fond à tout et d’être sur tous les fronts en même temps.

Lahcen Daoudi : «Le gouvernement doit démissionner»
Le gouvernement ne devrait pas nous présenter un bilan mais sa démission. Si l’on ne tient en compte que l’INDH c’est un bien mauvais cadeau qu’il nous offre. Les programmes portés par cette initiative n’ont été réalisés qu’à 14%. La pauvreté s’accroît, les écarts se creusent ; à cela s’ajoute un échec total de l’enseignement.
Je ne sais de quel Maroc va nous parler le Premier ministre. Si c’est pour nous exposer les réalisations liées au port de Tanger ou aux routes, nous ne sommes pas preneurs. Nous nous ne contenterons pas du SMIG, cela est le SMIG d’un gouvernement. Et encore, car actuellement même les pistes rurales sont construites grâce à des financements extérieurs. Où va le Maroc ? Ils ont tout vendu et le taux de croissance sera cette année inférieur à 1%. Le taux de couverture des importations par les exportations est passé de 73,7% en 1997 à 52% actuellement, le déficit budgétaire se creuse et va passer de 3% à 5% et la spéculation immobilière bat son plein.
Au niveau des investissements extérieurs, le bilan est certes positif, mais le gouvernement n’a pas préparé les jeunes pour occuper les emplois créés par ces investissements.
Globalement, le bilan est socialement négatif. C’est un gouvernement qui conduit à vue. Son action a été catastrophique. C’est le chao. Il n’a pas pu réformer ni l’enseignement ni la justice. Nous allons écouter le Premier ministre faire son exposé mais il doit s’attendre à ce que son bien soit démonté. Il va certainement répertorier certains points positifs, et il y en a, mais les échecs, il va les escamoter.

Abderrahmane Azzouzi, S.G de la FDT : «Nous ne voulions pas du dialogue pour le dialogue»
Des efforts considérables ont été déployés dans le cadre du dialogue social même si nous ne sommes pas d’accord sur son caractère occasionnel. Nous avons toujours appelé à l’institutionnalisation de ce dialogue, mais cela tarde à être concrétisé. Nous relevons également le non-aboutissement de plusieurs dossiers dont l’instauration d’indemnités pour perte d’emploi et des pratiques qui remettent en cause les libertés syndicales que ce soit dans le secteur privé ou public. Nous ne voulions pas d’un dialogue pour le dialogue et nous espérons que d’ici à la fin du mandat de ce gouvernement des solutions soient apportées à plusieurs dossiers en suspens comme cela avait été le cas, même partiellement, pour les revendications des fonctionnaires du ministère de la Justice. 

Mohamed Larbi Kabbaj, B.E de l’UGTM : «Des dossiers en suspens»
A l’UGTM, nous saluons un changement positif et l’ensemble des chantiers et des réformes dont les résultats commencent à être visibles pour les travailleurs que ce soit en matière de santé ou de logement, pour ne citer que ces deux secteurs. Toutefois, nous estimons que ce gouvernement pouvait faire plus surtout pour résoudre des dossiers qui ne nécessitaient pas d’engagements financiers, mais juste une volonté politique. Nous relevons aussi une sorte de lenteur qui n’arrange pas les affaires des travailleurs. Si le Code du travail a été adopté, certains milieux rechignent encore à en appliquer les dispositions. Pire, certains cherchent déjà à le faire amender. Nous avons aussi eu la promesse de l’instauration d’une échelle mobile des salaires et, à la place, nous avons été surpris par l’augmentation des prix de plusieurs produits et services. Nous n’avons pas non plus reçu de réponses concernant la révision du statut des fonctionnaires du public et nous attendons surtout que le Premier ministre puisse trancher au sujet des dispositions remettant en cause la promotion interne. 

Mohamed Moujahid, SG du PSU : «Recrudescence des inégalités sociales»
Il est vrai que plusieurs projets ont été réalisés sous le gouvernement Jettou. Je pense particulièrement à Tanger Med, aux autoroutes, au logement social … Mais ce n’est pas tant l’aspect numérique que la qualité des réalisations qui nous importe le plus. Là où l’on peut trouver à redire, c’est au niveau des grandes réformes sociétales que le gouvernement était appelé à mettre en œuvre telles que celles de la justice, de l’administration… Sur le plan social, on constate non sans amertume la recrudescence des inégalités sociales. Sur ce dernier point, et selon les statistiques officielles, 45% des Marocains souffrent aujourd’hui de la précarité.
Par ailleurs, il y a lieu de constater que le taux de croissance enregistré cette année se situe à 1% contre 8% l’année dernière. Ce qui veut dire que l’économie nationale continue d’être à la merci des aléas climatiques. Autres ombres au tableau, le taux d’exportations qui reste en-deça des attentes comparativement à d’autres pays du pourtour méditerranéen, ajouté à la non-compétitivité de l’entreprise marocaine, l’aggravation des dettes intérieures… Pour ce qui est du logement, on a certes enregistré le recul du nombre des bidonvilles. Mais il y a lieu de noter que les villes déclarées sans bidonvilles se limitent au nombre de six, et il s’agit seulement de petites villes. Dire combien les grandes villes telle que Casablanca continuent de souffrir de ce fléau. 

Karim Tazi, président de l’AMITH : «Un bilan exceptionnel»
Je trouve que le bilan du gouvernement ne peut être qualifié que d’une seule façon : il est exceptionnel. Il n’est comparable à aucun des gouvernements que le Maroc a connus depuis l’indépendance. Il est marqué pour nous par le volontarisme, l’audace et le courage politique face à certaines réformes difficiles. Je ne peux que regretter de façon générale que la constitution hétérogène de ce gouvernement n’ait pas permis qu’il y ait plus de ministres de la trompe de ceux qui en ont été les véritables moteurs.
Pour le textile, principal moteur économique du pays, le moins que l’on puisse dire c’est qu’à un moment où le secteur traversait une phase délicate, le Premier ministre s’est investi personnellement pour établir un plan de restructuration du secteur.
Et aussi pour redonner la confiance aux opérateurs en leur manifestant la solidarité gouvernementale. Nous avons apprécié sa totale disponibilité chaque fois qu’il a fallu recourir à des arbitrages et Dieu sait si cette situation s’est présentée très souvent.

Miloud Chaâbi, président de la FNPI : «Un bilan positif,  en général»
Grosso modo, le bilan du Premier ministre Driss Jettou est positif. Les investisseurs dans les divers domaines de l’économie nationale sont en général satisfaits de ce qu’il a accompli depuis qu’il est arrivé à la Primature. Avec les projets qui ont vu le jour et les multiples chantiers en cours de réalisation, les acteurs économiques n’ont presque rien à dire sur le bilan du Premier ministre. Les investisseurs ont ressenti un grand soulagement en voyant Driss Jettou à la tête du gouvernement. S’agissant du secteur de l’habitat et de l’urbanisme, les promoteurs  demandent toujours plus. Vous savez, c’est le cas de tous les investisseurs. Nous aspirons, chaque fois, à atteindre des objectifs plus hauts.

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