La lutte contre la violence à l’égard des femmes revient sur le devant de la scène. Une campagne intitulée «Aucune tolérance à la violence contre les femmes» a été lancée mercredi à Rabat. Cette initiative co-financée par l’Union Européenne a été élaborée par plusieurs ONG œuvrant dans la lutte contre ce phénomène.
Baptisé «La force des femmes», ce collectif d’ONG au sein duquel figure entre autres, Amnesty International entend remettre un mémorandum au chef de gouvernement Abdelilah Benkirane. Le mémorandum, fruit de plus de deux années de travail et de consultations menées auprès de 70 associations, comporte plusieurs recommandations.
Parmi celles-ci figurent les questions de «l’égalité des chances dans le milieu du travail, dans l’éducation, la lutte contre les stéréotypes et le harcèlement sexuel..». Le texte préconise ainsi «l’adaptation du code du travail avec une vision d’égalité des genres» ou encore «la création de cellules de veille pour la protection de la femme dans l’espace public», a souligné Viera Schiopetto, une responsable de l’ONG italienne ProgettoMondo Mlal. Pour appuyer sa démarche, le collectif va faire signer une pétition lors des «journées de sensibilisation» dans diverses régions du Maroc. Un site Internet (laforcedesfemmes.org) a été également mis en place. L’objectif étant de faire participer les organisations de la société civile et de requérir le soutien des citoyens pour éradiquer ce fléau.
Cette campagne intervient alors qu’un projet de loi sur les violences faites aux femmes est toujours à l’étude. Rappelons que ce texte avait été vivement contesté par les féministes.
Les associations féminines formant la coalition «Le printemps de la dignité» et les réseaux nationaux des centres d’écoute avaient élaboré un mémorandum critique de ce projet de loi qui renferme un ensemble de griefs, se rapportant notamment à sa méthodologie, la criminalisation de tout acte de violence, les sanctions, les mesures procédurales, les problématiques relatives à l’évitement de la sanction, les mécanismes de prise en charge des femmes victimes de violence et la prévention contre la violence.
S’agissant des sanctions prévues dans la nouvelle loi, les associations féminines ont enregistré l’absence totale de sanctions fondées sur le genre, ainsi que celle des peines alternatives. En outre, la politique de durcissement de sanctions adoptée par le projet ne tient pas compte des crimes à caractère financier comme l’escroquerie, le vol et l’abus de confiance entre époux. Les associations avaient réclamé le report de l’adoption du projet ainsi que sa révision «pour permettre une bonne cohésion au niveau de la vision, de l’approche et des dispositions». Le gouvernement avait été contraint de revoir sa copie.
Au Maroc, l’enquête du Haut-Commissariat au Plan ( HCP) avait révélé que sur une population de 9,5 millions de femmes âgées de 18 à 64 ans, près de 6 millions ont subi un acte de violence (3,8 millions en milieu urbain et 2,2 millions en milieu rural). En examinant la prévalence des différentes formes de violence, l’enquête avait souligné qu’avec une prévalence de 35,3%, 3,4 millions de femmes ont subi un acte de violence physique depuis l’âge de 18 ans.










