Au Maroc le taux de donateurs décédés est de 0,4 pour chaque million d’habitants, en France il est de 24,8. Des barrières culturelles, psychologiques, et parfois religieuses empêchent les Marocains de donner leurs organes. «Malgré les efforts déployés par le ministère de la santé dans le secteur des dons d’organes et de tissus, les résultats sont faibles par rapport aux pays de la région», a noté El Houssaine Louardi. Le ministre de la santé s’exprimait lors d’une rencontre nationale sur le don d’organes et de tissus humains, tenue hier, mercredi, à Rabat.
Pour répondre à la demande en constante hausse, le Maroc devrait opérer annuellement 1.000 greffes de cornées, 250 greffes de reins et 300 greffes de moelles épinières. Or, le Royaume est actuellement loin de ces chiffres. Seulement 370 greffes de cornées ont été opérées en 2014, 29 de moins qu’en 2013, le nombre de greffes de reins a atteint 56 la même année et celui de moelles épinières 57. De plus, la plus grande partie des tissus greffés est importée. Le Maroc dispose de trois banques de tissus humains à Rabat, Casablanca et Marrakech mais qui n’ont fourni que 12 des 370 cornées greffées en 2014.
Selon le professeur Benyouness Ramdani, président du Conseil consultatif des greffes d’organes et de tissus humains, cette augmentation des besoins en dons d’organes fait suite à une mutation pathologique qu’a connue le Maroc, elle-même due au changement du mode de vie. «Nous remarquons ces dernières années une augmentation des cas de diabète et de maladies hépatiques, toutes causées par l’insuffisance de certains organes», a noté Pr Ramdani. Selon lui, l’adoption de la greffe d’organe au lieu des traitements ou de la dialyse serait non seulement plus efficace mais également moins coûteuse, autant pour le malade que pour l’Etat.
«Dans le cas des maladies rénales, le bénéfice cumulé entre l’hémodialyse et la greffe peut aller à un million de dirhams par patient en moins de trois années», a précisé le professeur. Les arguments en faveur du don d’organe ne manquent pas. Le retard du Maroc dans ce sens vient principalement d’une crise de donneurs.
«La question de la greffe d’organes fait quasiment l’unanimité des avis religieux», a affirmé Ahmed Taoufik, ministre des habous et des affaires religieuses, réfutant ainsi l’un des arguments principaux des plus hésitants. Selon lui, il suffit que l’opération respecte cinq conditions essentielles: qu’elle n’affecte pas la santé du donneur, que celui-ci ne soit pas contraint, qu’il n’y ait pas d’autre recours que la greffe, qu’il s’agisse d’une action bénévole et qu’elle soit gratuite. «Nos organes n’appartiennent qu’à Dieu, ils ne peuvent être ni achetés ni vendus», a précisé le ministre.
La gratuité est précisément l’une des règles de base des greffes opérées au Maroc, en plus de l’approbation préalable du donneur, du respect de l’identité et de la confidentialité. La participation de plusieurs départements ministériels augure toutefois d’une multiplication des efforts en faveur du don d’organe, notamment en ce qui concerne le volet sensibilisation. Le ministre de la justice et des libertés, Mustapha Ramid, a rappelé avoir adressé une circulaire aux responsables des tribunaux pour qu’ils facilitent la procédure aux donneurs.
«Les donneurs devaient s’inscrire dans des registres poussiéreux, et ils ne trouvaient personne pour les orienter dans les tribunaux», a-t-il précisé. De son côté, le ministre de la communication, Mustapha El Khalfi, s’est engagé à produire des spots publicitaires de sensibilisation au don d’organes qui seront diffusés sur la chaînes nationales.
Aucune affaire de trafic d’organes depuis 1999 Le don d’organe dispose d’un cadre législatif au Maroc depuis 1999, soit 14 ans après la première greffe du rein et 4 ans après la première greffe du cœur. La loi 98-16 relative au don d’organe et de tissu humain limite et cadre la pratique. «L’une des caractéristiques de cette loi est qu’elle est très stricte», a déclaré El Houssaine Louardi, ministre de la santé, assurant qu’aucune affaire de trafic d’organe n’a été enregistrée depuis la mise en place du cadre législatif. «Plus que cela, aucune plainte n’a été enregistrée par les services concernés», a-t-il ajouté. Depuis sa promulgation, la loi a fait l’objet de plusieurs amendements à travers un décret et 6 décisions mettant notamment en place une liste d’attente nationale et des listes régionales pour la réception des greffes. Sur le plan organisationnel, seulement six établissements sanitaires sont habilités à procéder à des prélèvements et des greffes d’organes et de tissus. Il s’agit des Centres hospitaliers universitaires (CHU) de Rabat, Casablanca, Fès et Marrakech; de l’Hôpital militaire de Rabat et de l’Hôpital Cheikh Zayd de Rabat. Les cliniques privées ont, quant à elles, le droit de greffer des tissus, mais pas de les prélever. |









