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Un réseau de Ben Laden démantelé au Maroc

L’information est finalement lâchée. Un mois après, jour pour jour. La direction de la sécurité du territoire (DST) a arrêté, le 11 mai dernier, cinq Saoudiens qui ont des liens avec le réseau Al Qaïda d’Oussama Ben Laden. Ils sont soupçonnés de préparer des attentats au Maroc et dans le détroit de Gibraltar. Des opérations qui devaient viser les intérêts américains et les navires de l’Otan présents dans le détroit. Cela a tout pour faire frémir.
Moins de vingt quatre heures après, on annonce l’arrestation de deux marocaines mariées à deux des Saoudiens interpellés. Les deux femmes sont soupçonnées d’avoir servi de messagères entre le réseau Al Qaida et ses membres saoudiens installés au Maroc.
Reproduite par les agences de presse internationales, (AFP et Reuters) et par des news magazines, l’information s’est propagée comme une traînée de poudre. Les télévisions allemandes, la chaîne NBC s’en sont emparées. Du coup, le Maroc focalise l’attention des médias et des services de renseignement européens et américains. De quoi il est question au juste ?
L’incarcération de 17 Marocains à la base de Guantanamo a révélé aux enquêteurs américains, début mars 2002, la présence sur le territoire marocain d’un agent recruteur d’Al Qaida. Les services marocains ont entamé leurs investigations. Piste privilégiée : les combattants revenus d’Afghanistan ou leurs proches. Des suspects ont été placés sous haute surveillance, vigilance oblige… Il n’en fallait pas plus de trois semaines pour identifier le principal mis en cause, le Saoudien, Abdallah El Gareh, 32 ans, mariée à une Marocaine et bien intégré dans la société marocaine. Il a été arrêté à l’aéroport de Casablanca, le 11 mai.
Pendant que l’étau se resserre sur El Gareh, deux de ses complices, également saoudiens, furent repérés. Ils ont été arrêtés. Alors qu’El Gareh se prétend importateur de tissus et de pièces détachées, un de ses complices a fondé une petite agence pour l’emploi et le troisième prospecte des terrains afin d’y installer des sites touristiques.
Et comme pour tout réseau de ce genre, des complices marocains doivent être actifs. C’est donc tout à fait normal que l’on retrouve avec les Saoudiens des Marocains leur servant de prête-nom pour leur faciliter l’ouverture de comptes bancaires et l’obtention de documents administratifs. Les Saoudiens n’utilisent que des portables et communiquent à l’étranger par Internet.
Selon les informations qui circulent, l’équipe avait un objectif précis : elle devait préparer une opération suicide à partir de Sebta et Melilia, deux présides marocains occupés par l’Espagne, en face de Gibraltar. Il s’agissait de lancer des Zodiacs pilotés par des kamikazes et bourrés d’explosifs contre des navires de l’Otan ou des bâtiments militaires américains de passage dans le détroit.
Mais de fortes indications laissent entendre que cet objectif n’est pas le seul. L’un des deux saoudiens était muni d’un visa Schengen valable pour six mois encore. Il n’est pas exclu que dans leur programme d’attaques, il y avait des opérations en territoire européen.
Le coup de filet des services marocains intervient à un moment où les menaces d’Al Qaida se font de plus en plus précises, avec les sorties programmées de Ben Laden et ses adjoints, via les chaînes de télévision Al Jazira ou MBC. Mais surtout après l’arrestation d’un Américain en possession d’un projet de bombe bactériologique. Et aussi à un moment où les auditions de Zacarias Moussaoui, Marocain naturalisé français, incarcéré aux USA, avancent…
Le Maroc a été souvent cité comme plate-forme de trafic de drogue à l’échelle internationale. Sera-t-il taxé d’un lieu de passage des terroristes et des réseaux actifs ou endormis d’organisations internationales ? Ses frontières aidant, il suscite naturellement les appétits. Mais cela sans compter avec cette légendaire exception marocaine qui fait que la subversion y fait souvent long feu.

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