Economie

Le trou d’air

Quel vent de folie souffle-t-il sur le titre ONA en bourse ? Il y a deux mois et demi, jour pour jour, l’ancien président du holding, Mourad Chérif, présentait des résultats en hausse et affichait les objectifs atteints dans le cadre du plan stratégique 2001-2003 visant à consolider les développements et à pérenniser la croissance rentable des métiers stratégiques. Les bonnes performances réalisées l’ont été grâce aux résultats des principales entreprises du groupe, conséquence des programmes d’amélioration de leurs productivités. La situation financière du groupe affichée était très confortable.
L’endettement net par rapport aux fonds propres ne représentait en effet que 17,8%. Le management s’est félicité des alliances stratégiques tissées avec des groupes nationaux et internationaux de premier plan et des choix opérés pour la réorientation des activités. Les retombées de tels acquis seront importantes. De quoi rassurer les investisseurs et les intervenants sur la place casablancaise.
Dans le même temps, l’un des responsables du holding déplorait déjà la situation de l’action sur le marché. Il a avancé que c’était plutôt la faute au contexte boursier. Le titre n’avait alors enregistré depuis le début de l’année qu’une contre-performance de 7%. Le PER 2002E était à un niveau de 7,7. L’ONA avait jusque-là résistée contre vents et marées ! Une semaine après, Bassim Jai Hokimi est nommé à la tête du groupe.
Le nouveau président déclarait alors, dans une rencontre à huis clos avec les intervenants de la place, que les capitaux propres du groupe cotés à la bourse ne sont pas l’une de ses préoccupations immédiates. Une déclaration qui a semé le doute au sein de la communauté boursière. Le message était clair : le groupe ne soutiendrait plus ses actions en bourse.
La transparence est de mise. Le respect du principe de l’égalité de tous les actionnaires et la déontologie des pratiques boursières de la place est à nouveau au centre des préoccupations. Une logique qui s’est avérée coûteuse, peut-être, dans l’immédiat, mais qui sera, à en croire les propos de quelques observateurs de la place, payante à long-terme. La nouvelle stratégie réservée désormais à l’action s’est confirmée après que des responsables ont liquidé leurs positions. La chute libre du titre, mais aussi celle du marché a été amorcée. Apprenant la nouvelle, d’autres investisseurs, sur le qui-vive, ont en effet suivi le mouvement. Sur deux semaines, l’action ONA, première capitalisation de la place, a perdu, plus de 9% entraînant dans son sillage le marché des actions de Casablanca qui s’est enfoncé de 4%.
Pour rassurer la communauté financière, l’État major du holding a réuni encore une fois les intervenants pour annoncer sa stratégie. Celle-ci s’inscrit dans la continuité. Seules les méthodes changeront et de nouvelles opportunités de croissance sont à saisir. Aujourd’hui, les pertes cumulées du titre totalisent les 23%. D’aucuns s’interrogent encore sur la stratégie que poursuivra le groupe pour animer ses titres cotés. S’inscrira-t-elle aussi dans la continuité ?