24 heures

Immigration et crime organisé

Salandra, village du sud de l’Italie dont nombre d’habitants ont émigré, est aujourd’hui terre d’accueil pour de petits albanais. Mais « ce n’est pas la même immigration », assène le commandant des carabiniers Carmine Grosso, conscient du rôle désormais joué par les mafias.
« Dans les années 60, nous partions avec des papiers et on prenait le train (pour l’Allemagne, la France ou la Belgique, ndlr). Eux, ils fuient clandestinement, au péril de leur vie, en se servant de la criminalité organisée », souligne le militaire de la compagnie de tricarico. « C’est aussi une autre immigration, car personne ne les veut, vu les problèmes de chômage que nous avons », soupire-t-il. Les débarquements croissants de jeunes clandestins dans le sud italien montrent plus crûment que jamais le rôle joué dans l’immigration par le crime organisé et les mafias en ce début de troisième millénaire. Les carabiniers de tricarico affrontent en première ligne ce phénomène, car la région, la basilicate, est un point de passage obligé entre les côtes de calabre ou des pouilles, dans le sud de la botte italienne, et les grandes villes de la péninsule : Naples, Rome ou Milan. En février, huit adolescents, âgés de 12 à 17 ans ont été interpellés avec leur passeur lors d’un contrôle surprise à bord du rapide lecce-Rome, surnommé par les carabiniers « le train de la honte » en raison du nombre des clandestins trouvés à son bord.
Les gamins étaient originaires du même endroit, Diber en Albanie, même s’ils ont affirmé s’être retrouvés par hasard. Sans papier, ils avaient tous un billet de train plein tarif, à destination de Caserta près de Naples. « Comment voulez-vous que ces gosses arrivent tous seuls en Italie?! rien que le fait d’embarquer sur un bateau pneumatique suppose une organisation », s’exclame le capitaine Mario Tusa, dirigeant la compagnie de carabiniers de Tricarico.
« Tous ces services sont le fait d’organisations criminelles qui se substituent aux Etats. Et il n’y a pas que les mafias albanaises qui interviennent. Ce sont des mafias qui s’entremêlent avec le trafic de drogue, d’armes, de matières radioactives, etc. », ajoute le capitaine. Mario Tusa n’exclut aucune des hypothèses et estime que ces jeunes garçons intéressent aussi bien les entreprises manquant de bras que les réseaux pédophiles et les mafias du trafic d’organes. « Un mineur, c’est comme un distributeur automatique de billets », explique un de ses enquêteurs, qui tient à l’anonymat, discipline militaire oblige.
« Un enfant, tu le mets à un feu rouge, tu lui dis de voler, tu le proposes à un réseau pédophile… où que tu le mettes, il rapporte. Une prostituée prend entre 25 et 30 euros dans la rue. Tu sais combien coûte un enfant ? cela peut aller jusqu’à 2.000, 5.000 euros! », s’étrangle ce brigadier moustachu.
Le passeur des gosses de diber, un Albanais de 41 ans, a été jugé rapidement et condamné à deux ans de réclusion. La loi italienne lui a cependant permis de ne pas purger sa peine. La justice peut en effet exonérer un prévenu qui s’amende pour la première fois et reconnaît ses torts. L’homme a été expulsé après un bref passage en prison, et les carabiniers de Tricarico sont certains qu’il recommencera. « Il faudrait qu’on puisse prendre en compte les faits commis dans le pays d’origine pour le mettre à l’ombre », estime le capitaine Tusa qui souscrit à l’idée d’une force européenne de police aux frontières.
« Mais, dit-il, le problème se résoudra seulement par la force politique, en imposant des actions de prévention dans les nations d’origine. Les premiers qui doivent empêcher ces enfants de venir, ce sont ces pays, sous peine de leur couper les aides économiques ».

• Claudine Renaud (AFP)

Lire votre journal

EDITO

Couverture

Nos suppléments spéciaux