Le tourisme marocain vit une situation pour le moins paradoxale : des atouts importants et unanimement reconnus, en termes de situation géographique, de diversité de l’offre, de marge de développement, de disponibilité institutionnelle et de mesures incitatives de tout ordre. Autant de conditions favorables que renforcent et illustrent l’afflux de grands investisseurs internationaux qui démontrent par leur engagement à long terme dans ce secteur leur confiance et leur intérêt bien compris.
Le gouvernement, les professionnels, les opérateurs et les institutions financières se montrent optimistes en ce qui concerne l’avenir du tourisme marocain. Des choix stratégiques de développement situent le secteur en pointe des priorités nationales pour réussir le décollage économique national dans la perspective des échéances régionales et mondiales qui nous imposent des taux et de rythmes de croissance soutenus dans la réalisation desquels le tourisme devra jouer un rôle essentiel. L’objectif des dix millions de touristes à l’horizon 2010 s’inscrit justement dans cette optique. Mais, par ailleurs, les handicaps et les obstacles à surmonter avant de pouvoir dégager l’horizon devant ces perspectives, sont innombrables.
D’abord, un facteur d’ordre général, contre lequel le Maroc ne peut en aucun cas lutter tout seul. Il s’agit d’un climat international général lié à la suspicion et au climat de méfiance à l’égard de tout pays arabe et musulman, en relation avec les attentats terroristes et la campagne internationale contre les foyers de subversion à travers le monde. Les dernières informations concernant le démantèlement de cellules dormantes d’Al Qaïda sur le territoire national même, montrent que le danger guette tout le monde, même ces infirmations devraient plutôt rassurer sur la capacité du Royaume à préserver sa sécurité et à se prémunir contre les dangers extérieurs. Mais, d’autres facteurs qu’on pourrait qualifier d’endogènes suscitent davantage d’inquiétude et menacent de compromettre la stratégie nationale en matière touristique. Ce sont des facteurs inhérents à l’absence d’une approche globale, cohérente et harmonieuse entre la multitude de secteurs, de métiers, d’institutions et d’intervenants dans le domaine. L’actualité de ce qui se passe à la compagnie aérienne nationale, Royal Air Maroc nous fournit un exemple, malheureusement patent, des facteurs ralentisseurs de l’ambition touristique marocaine. Le malaise des personnels toutes catégories confondues, l’inadaptation de la stratégie de la compagnie nationale aux exigences actuelles, au niveau mondial, dans un secteur globalisé par excellence, le manque de compétitivité d’une compagnie qui a accumulé les dysfonctionnements et les erreurs de stratégie et de gestion ; ce sont autant de facteurs qui, par ricochet, obèrent la politique et les ambitions marocaines en matière touristique.
Il y a, en tout cas lieu de se demander désormais, jusqu’à quan d le Maroc pourrait-il entretenir une compagnie aérienne nationale qui ne pilote pas, dans les faits et dans la réalité, une stratégie touristique tournée vers l’étranger et dans laquelle le transport aérien joue un rôle déterminant ?









