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Essaouira, un modèle touristique

Le tourisme culturel fait des recettes incomparables dans certains pays. La culture, au sens ample, n’est pas seulement affaire de monuments, de musées et de concerts, mais d’une atmosphère propre à un endroit et que l’on ne retrouve pas ailleurs. Les touristes visitent Cologne, en Allemagne, autant pour l’ambiance qui règne dans ses brasseries que pour sa cathédrale.
L’expérience singulière menée dans ce sens à Essaouira est une réussite à tous égards. Elle a sorti la ville d’un « état quasi-comateux», comme l’a rappelé André Azoulay lors du colloque animé par des chercheurs de l’Université Al Akhawayn. Ces derniers ont mené une étude rigoureuse sur l’impact du tourisme sur le développement de la ville d’Essaouira. Cet impact est manifeste selon les auteurs de l’étude.
Différents secteurs de la ville ont connu un net développement depuis les années 90. Ces secteurs concernent aussi bien le commerce, les services, l’hôtellerie, l’artisanat que l’économie informelle.
À cet égard, les habitants d’Essaouira ont l’habitude de louer leurs maisons aux visiteurs. Ils augmentent ainsi leurs ressources. Pour donner une idée précise de l’impact du tourisme sur l’économie de la ville, André Azoulay a cité un chiffre qui laisse rêveur. En effet, pendant les quatre jours du festival gnaoua «la ville fait pratiquement le chiffre d’affaires d’un an». L’industrie touristique est toutefois instable. Du jour au lendemain, l’effet de mode qui porte des gens vers une destination déterminée peut se dissiper. Cette industrie nécessite donc d’être réfléchie et régulée.
Les chercheurs de l’université Al Akhawayn ont attiré à cet égard l’attention sur le fait qu’Essaouira se situe dans une enclave, écologiquement fragile. Ils mettent en garde, à cet effet, contre l’application des modèles, en vigueur à Agadir ou Marrakech, qui attirent un grand nombre de touristes pendant l’année. Le tourisme de masse ne semblerait pas la meilleure solution. Le développement d’un eco-tourisme culturel, qui prend en compte la fragilité de la région, est le seul valable. Il doit s’adresser à une clientèle de fidèles. À signaler que cette ville de 60 000 habitants accueille, à l’occasion du festival gnaoua, plus de 200 000 touristes selon les organisateurs. Ce large public est la meilleure réussite de ce festival. Il est certes pollueur, mais c’est en consommant et en injectant de l’argent dans la ville qu’il la pollue.

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