L’heure était encore aux interrogations et aux commentaires, mardi, au lendemain de la grande purge opérée dans les rangs de l’armée mauritanienne. Les personnes arrêtées, une vingtaine, soupçonnées d’avoir fomenté un coup d’Etat, sont interrogées depuis lundi soir par une commission d’enquête militaire. Pas de patrouilles visibles dans les rues de Nouakchott, alors que les principales casernes du pays sont en état d’alerte.
Les stations radio et TV, cibles privilégiées dans les tentatives du coup d’Etat, émettaient normalement. Seule effervescence visible, dans les environs de la centrale électrique de la capitale, point d’affluence de plusieurs soldats lourdement armés. Le plan des «putschistes» prévoyait notamment, selon des sources reprises par les agences internationales, «d’attenter à la vie du président Maaouiya Ould Taya», au pouvoir depuis le 12 décembre 1984. Le plan prévoyait une massacre, tous azimuts, dans la capitale et une prise de pouvoir.
Aucun nom n’est officiellement avancé parmi les personnes arrêtées. Mais de sources concordantes, les colonels Mesgharou Ould Ghoueizi et Mohamed Ould Babahmed, tous deux de la Garde nationale, nés à Aioun, ville d’où sont originaires les cerveaux du putsch manqué du 8 juin 2003, feraient partie du groupe. Autres personnalités militaires appréhendées, les commandants Sidi Mohamed Ould Hamady et Dia Abderrahmane qui revenaient tous deux d’un stage en Espagne, ainsi qu’un certain commandant Ould Elwaer. Ces personnes arrêtées constitueraient, selon une source anonyme, une «connexion intérieure» des auteurs de la tentative de putsch avortée l’année dernière. Rappelons qu’une partie de ces officiers en liberté se sont baptisés «Les cavaliers du changement» et sillonnent toujours les grandes étendues du désert saharien. L’hypothèse d’une connexion avec «l’Alliance démocratique», formation créée à Dakar par Ely Ould Sneiba, un ancien homme du sérail, porte-parole du président mauritanien, avec pour seul objectif le renversement du pouvoir, est aussi avancée par les médias. Toutefois, l’ancien président de la République, Mohamed Khouna Ould Haidalla, adversaire d’Ould Taya aux dernières présidentielles, et qui compterait beaucoup de supporters dans «l’Alliance démocratique», n’a pas été inquiété.
De même, aucun civil ne figurerait parmi les personnes arrêtées, comme l’avaient indiqué les agences dans les premières heures qui suivirent cette arrestation.
D’habitude timides sur tout ce qui regarde les «questions militaires », les réactions des partis politiques ne se sont pas fait attendre. Ainsi, Mohamed Ould Moloud, chef de l’UFP, l’un des principaux partis de l’opposition du pays, a déploré mardi, dans un entretien à l’AFP, le silence officiel, estimant que « ces évènements prouvent l’urgence de trouver une solution politique à la crise et d’élaborer un consensus pour restaurer la cohésion nationale ». Ce à quoi, Ahmed Ould Sidi Baba, président du RDU (mouvance présidentielle) rétorque : « Il n’y a pas de crise, nous sommes un pays en début de démocratie et de toutes les façons, s’il y a crise, ce n’est pas par les armes qu’on doit trouver une solution » . Dès le début des arrestations, certaines sources ont évoqué la piste islamiste. Mais les hauts responsables des mouvances islamistes, comme Jemil Ould Mansour, ont déclaré qu’aucune arrestation n’a été opérée parmi leurs dirigeants : «Nous sommes contre l’utilisation de la force pour arriver au pouvoir et c’est pourquoi nous nous opposons à l’actuel régime ». Pour les observateurs, ces purges constituent une sorte de solde de tout compte, après le coup d’Etat du 8 juin 2003, avorté au terme de 36 heures de combats qui avaient fait 15 morts et 68 blessés, selon un bilan officiel. Environ 120 militaires impliqués dans cette tentative de coup d’Etat sont toujours en instance de jugement.









