Monde

Une légende nommée Arafat

Les chars israéliens campent à nouveau sous les fenêtres de son quartier général de Ramallah, en Cisjordanie. Plus, l’armée israélienne a imposé un couvre-feu dans les sept villes de Cisjordanie réoccupées, quelque 700.000 Palestiniens étant touchés par cette mesure. Et neuf ans après l’onction suprême reçue dans les jardins de la Maison Blanche lors de la signature des accords d’Oslo, Yasser Arafat s’est vu privé de la précieuse caution de Washington qui faisait de lui, depuis 1993, l’interlocuteur incontournable de toute solution négociée au Proche-Orient. Le discours très attendu de George Bush a dévoilé lundi soir un plan de paix fondé sur l’instauration d’un Etat palestinien, mais à la tête duquel ne serait pas Yasser Arafat, accusé par les Américains de «compromission avec le terrorisme».
Deux jours après le discours du président américain, l’Autorité palestinienne annonce la tenue d’élections présidentielles et législatives entre le 10 et le 20 janvier 2003. Et selon le négociateur palestinien Nabil Chaath, Yasser Arafat sera candidat à un second mandat à la tête de l’Autorité palestinienne. Ce qui fait dire à Bush que les Etats-Unis cesseraient d’aider financièrement l’Autorité palestinienne en l’absence de réformes en son sein. Mais la pression américaine, au lieu de l’affaiblir comme le veut Washington, risque de renforcer son assise parmi les Palestiniens.
Car à chaque fois qu’une pression a été exercée sur Arafat, sa popularité est remontée auprès des Palestiniens. Chose qui a été constatée lors du siège du QG du leader palestinien en mars et avril dans la ville de Ramallah par l’armée d’occupation israélienne lors de l’opération «Rempart» en Cisjordanie.
La volonté de l’OLP de négocier avec Israël lui avait permis de revenir triomphalement dans la bande de Ghaza en juillet 1994. Trois ans plus tard, l’Autorité palestinienne, retrouvait sous sa férule, et en vertu d’accords intérimaires, le contrôle de 40% de la Cisjordanie et de l’essentiel de la bande de Ghaza. Yasser Arafat est, plus d’une fois, parvenu à déjouer les manoeuvres israéliennes depuis le début de l’Intifada en septembre 2000, après le blocage du processus de paix. Une Intifada qui couvait et dont la première pierre est venue d’Ariel Sharon, alors chef de file de l’opposition, qui s’est rendu, sous bonne escorte, sur l’Esplanade des mosquées, lieu emblématique de la vieille ville d’Al-Qods, dont le statut était l’un des principaux enjeux des négociations. Et malgré toutes les manoeuvres et autres exactions israéliennes et en particulier de Shraon, son ennemi intime, le prestige d’Arafat, que Tel-Aviv cherche à ruiner, n’est pas directement atteint, dans la mesure où nul autre que lui ne symbolise avec autant de légitimité la lutte pour un Etat indépendant. A bientôt 73 ans, celui qui s’est imposé comme le champion incontesté de la survie, en politique comme dans la vie, a démontré une capacité hors du commun à se sortir des situations les plus critiques, répétant toujours à ses interlocuteurs : «Ã” montagne, le vent ne t’ébranlera pas».

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