La première affirmation de ce rapport est que « le principal facteur du chaos dans les territoires, et surtout à Gaza, serait le fait, que l’Autorité palestinienne et le président Yasser Arafat évitent de prendre des décisions politiques claires, capables d’arrêter la détérioration de la situation ». Devant cette Commission parlemantaire, dont les conclusions sont révélées, pour la première fois, par le quotidien Haaretz, ont déposé : le Premier ministre palestinien, Abou Alaa (Ahmed Qoreï), le ministre de l’Intérieur, Hakham Balaoui, le chef des services de sécurité de Gaza et d’autres responsables.
Une partie principale du rapport représente une description de la situation dans la bande de Gaza. Elle donne des indications – pour la première fois d’une source palestinienne autorisée – sur « ce qui s’y passe ».
La situation sécuritaire à Gaza est au « plus bas depuis toujours » a témoigné Rachid Abou Chbek, le chef de la sécurité préventive à Gaza, « il y a un manque de contrôle et chaque organisation en fait à sa guise, en imposant sa volonté à l’Autorité palestinienne. La plupart des « appareils » ne contrôlent plus leurs agents.
L’opposition a pris la loi entre ses mains. Les agents de sécurité représentent l’atmosphère générale de « chaos » au lieu de représenter l’Autorité palestinienne.
Cela met en danger toute la poursuite de notre projet national ». Le ministre de l’Intérieur a dit à la Commission parlementaire palestinienne : « Nous avons perdu le contrôle. C’est notre faute à tous, pour avoir pris une position hésitante et peu claire. Nous n’avons pas fait parler devant la rue, pour lui faire part de nos désirs et pour lui décrire la véritable situation politique. Nous disposons de dizaine de milliers d’hommes de sécurité, mais pas de « politique claire ».
Nous continuons à suivre une voie, sans logique, sans tenir compte des développements régionaux et internationaux. Bien que depuis la reprise de la coordination sécuritaire avec Israël (dictée par l’Egypte), il n’y ait plus d’attentats-suicide, nous continuons à user de la même rhétorique : nous ne croyons pas en la « houdna » et en toute possibilité d’un arrangement (avec les Israéliens). Nous continuerons à présenter la Palestine comme une terre sainte musulmane (c’est la thèse du Hamas). Mais, ajoute le ministre de l’Intérieur, si notre Autorité palestinienne disparaissait, nous disparaîtrions avec elle ».
Pour Amir El Hindi, le chef des Renseignements à Gaza, « les ordres du Rais, pour la même opération, sont adressés à un grand nombre de commandants : parfois, jusqu’à dix.
En fin de compte, personne ne les exécute. Le principal obstacle à l’efficacité de notre action est le manque de « règles claires ».
Ceci provoque des interférences dans les compétences et les actions des différents appareils de sécurité. Par manque de budget, ces appareils ont développé des ressources financières indépendantes, tels la réquisition de terres et le trafic d’armes.
Le matériel et les produits infiltrés par les tunnels le sont dans des buts de profit. Mais ils ont créé une situation que nous ne contrôlons plus », convient Amir El Hindi. Aussi, la Commission parlementaire demande, dans ses conclusions, de légiférer, d’abord, sur les compétences des services de sécurité. Elle demande au président Yasser Arafat d’user de ses compétences pour « mettre fin à la terreur sur les habitants palestiniens, de la part de certaines organisations policières de la bande de Gaza ».
En conclusion, la Commission parlementaire palestinienne recommande : « Il convient de mettre fin aux tirs de fusées et d’obus à partir de la bande de Gaza et d’arrêter les attentats en Israël, en cette période.
D’autant que ces actions donnent à Israël le prétexte de destructions massives à la veille du désengagement. Ainsi qu’à des condamnations de l’opinion internationale».
Enfin, la Commission parlementaire demande, également, à Ahmed Qoreï (Abou Alaa) « la démission de son gouvernement, en vue de l’organisation d’élections générales ».
La Commission parlementaire reconnaît que « les hésitations du gouvernement ont pour origine sa volonté de vouloir, à tout prix, parvenir à un accord avec le Rais Arafat, comme l’a dit Ahmed Qoreï, en rappelant avoir hérité de l’anarchie de son prédécesseur : « J’ai fait le maximum pour confronter la situation. La nouveauté a été le désengagement unilatéral, avec ses risques et ses chances.
Il y a une possibilité de fin de l’occupation et l’évacuation des colonies à Gaza et ensuite en Cisjordanie. Mais, il y a aussi, a conclu Ahmed Qoreï, le danger que cela ne soit qu’un exercice politique ».
Cette conclusion est également celle de la Commission parlementaire palestinienne, dans la «clarté» de sa position. C’est pourquoi le quotidien Haaretz a édité un grand éditorial dès le lendemain de sa publication, en scoop, du rapport de la Commission palestinienne. Selon Haaretz, « l’initiative de désengagement unilatéral placerait la société palestinienne devant la nécessité d’une décision politique « claire ».
Cette nécessité raviverait la lutte pour le pouvoir, dès le lendemain du retrait israélien de Gaza. Elle marquerait l’avenir de l’Etat palestinien, en route ». Pour l’éditorialiste de Haaretz « la disponibilité du gouvernement israélien de se retirer de Gaza et d’évacuer les colonies aura créé, pour les deux peuples, une occasion unique de reprendre le chemin de la réconciliation ». Bien plus, le journal pacifiste, très préoccupé par la paix israélo-palestinienne, affirme dans son éditorial: « Un changement d’orientation de l’opinion israélienne, en ce sens, est en cours ».
D’où la nécessité, affirme encore Haaretz, d’éviter que « la détérioration de la situation dans le territoire de l’Autorité palestinienne d’un chaos, voire d’une anarchie totale vienne bloquer ce changement d’orientation».
Pour Haaretz, comme pour la Commission parlementaire palestinienne, il faut laisser au processus de désengagement territorial et au retrait des colonies l’espoir d’aboutir à une relance, indirecte, du programme de création d’un Etat palestinien, dans la clarté qui devra être, également, celle de la politique israélienne…









