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Benammour : Changer d’abord le système éducatif

ALM : Qu’avez retenu du discours de SM le Roi ?
Abdelali Benammour : C’est un discours très important où Sa Majesté le Roi a défini la citoyenneté. Il ne suffit pas, a précisé le Souverain, d’avoir une carte d’identité et un passeport pour être citoyen.
L’appartenance à la patrie implique des droits et des obligations et se traduit par la participation au développement et à l’essor du pays. A ce sujet, il convient de retenir l’importance conférée par Sa Majesté le Roi à la créativité qui n’est pas très encouragée. Les choses ne sont pas ce qu’elles devraient être. Et pour atteindre les objectifs assignés par le discours, il faut entreprendre des réformes.
Que voulez-vous dire par là ?
Il faut commencer par changer le système éducatif qui ne répond pas aux objectifs tracés par le Roi. Le système éducatif a vécu pendant des années en marge de la vie courante et des sujets qui agitent notre société. Durant très longtemps, l’école, le lycée et les universités ont évolué avec un isolant qui les sépare de leur entourage. Aujourd’hui, certaines personnes sont conscientes que ces établissements sont aussi une école de la citoyenneté. Mais il faut leur donner les moyens pour aboutir les réformes. L’école encouragera aussi la création artistique.
Et justement dans son discours, le Roi a aussi souligné l’importance des arts et des artistes…
Mais regardez autour de vous l’indigence des expressions artistiques. On n’a pas de musique. Le théâtre est inexistant. Notre peinture est la seule qui tienne la route, mais elle a stagné depuis des années. Il est du ressort de l’école d’encourager les plus créatifs comme il appartient à la société de valoriser les vrais artistes.
Y’a-t-il d’autres idées dans le discours que vous voudriez souligner ?
Oui, la citoyenneté nouvelle et qui est le meilleure remède contre les intégrismes. Elle porte en elle des valeurs opposées à l’obscurantisme, sans rien sacrifier de notre spécificité culturelle. Les avis divergent pour aboutir cette citoyenneté. Certains recommandent de s’attacher d’abord à notre spécificité, de l’enraciner, la bétonner avant de se tourner vers l’universel. Cette position est aberrante. On ne va pas greffer l’universel sur un corps déjà existant. Ce qu’il faudrait, c’est faire de notre spécificité un ressort pour l’universel. Mais cela implique aussi des décisions courageuses comme la séparation du spirituel et du temporel.
Dans son discours, le Roi a aussi encouragé la qualification des ressources humaines.
Et il a clairement expliqué qu’il n’y a pas seulement l’analphabétisme de ceux qui ne savent ni lire ni écrire, mais également de ceux qui ne sont pas engagés dans «le savoir utile, l’action soutenue». Là encore, il convient d’expliquer qu’un citoyen n’est pas une personne qui reste en situation d’attente, mais multiplie les initiatives en vue de faire valoir ses compétences dans un pays qui les réclame. Les choses ne fonctionnent pas toujours ainsi au Maroc.
Parfois, ce sont les systèmes de proximité qui sont déterminants et non pas les compétences. Il faut donc encourager l’émergence de citoyens responsables.
Pour ma part, j’y crois et adhère sans réserves à la teneur du discours du Roi. Mais il faut que les pouvoirs publics se mobilisent pour les aboutir. Ici, il arrive souvent aux gens de penser que dire une chose dispense de la faire. Alors que dans la citoyenneté, voulue par le Roi, dire est justement un premier pas pour faire.