Le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero s’apprête à régulariser la situation de près de 100.000 émigrés étrangers installés en Espagne, dont environ 70.000 Marocains. Cette mesure concerne seulement les clandestins capables de justifier d’un contrat de travail et qui, corvéables à merci, sont employés “au noir“ par les entreprises ibériques. Malheureusement, cette opération ne va pas empêcher les flux migratoires irréguliers toujours aussi croissants en direction de l’Europe. Induisant un immense espoir chez des milliers de candidats au départ, Marocains ou Subsahariens, la régularisation actuelle est même susceptible à encourager ces derniers à vouloir gagner davantage les côtes espagnoles. Ce qui signifiera plus de drames et plus de déchirements.
Cette situation poignante souligne l’échec des pays concernés par le phénomène à organiser la dynamique migratoire, de telle sorte qu’elle soit canalisée et encadrée. Un protocole d’accord ambitieux portant sur l’envoi d’un contingent annuel de quelque 5.000 saisonniers marocains en Espagne a été signé en 2000 entre les autorités espagnoles et leurs homologues marocaines. Les modalités de cette opération, destinée justement à contrôler les flux migratoires, ont été arrêtées de part et d’autre, mais son exécution a connu depuis des blocages du côté marocain, en raison notamment de l’incapacité des responsables à mettre au point un dispositif transparent pour gérer les candidats au travail temporaire. Un échec retentissant.
L’Espagne ne fait pas dans la charité. Si elle fait appel aux travailleurs marocains, c’est qu’elle a, au même titre que nombre de pays européens, un énorme besoin en main-d’oeuvre étrangère, notamment dans les secteurs du bâtiment et de l’agriculture. Des métiers dont les Espagnols ne veulent pas. Et puis, le pays est confronté depuis quelque temps au phénomène du vieillissement rapide de la population.
Les plus de 65 ans constituaient 9,7% de la population en 1970, contre 17% en 2000 et atteindront les 18% en 2010. Des statistiques récentes font ressortir que 5,5 millions de foyers espagnols ont pour chef de famille une personne de plus de 55 ans.
Ce qui est paradoxal, c’est que le libéralisme a réussi dans la circulation des capitaux et des marchandises mais pas dans celle des hommes. Il importe pour les terres d’accueil de trouver, en collaboration avec les pays émetteurs, la solution capable de normaliser la pression migratoire et de la dédramatiser, sachant qu’aucune barrière au monde n’arrêtera le mouvement des êtres humains en état de détresse sociale ou économique. Il est temps de mettre fin à l’hypocrisie qui continue à envelopper ce dossier délicat comme celle qui pousse Bruxelles à presser le Maroc d’ouvrir des centres pour l’accueil des clandestins de l’Union européenne. Déjà aux prises sur son propre sol avec des flux continuels d’immigrants subsahariens et de ceux de ses propres ressortissants, le Royaume a-t-il les moyens de s’occuper des clandestins des autres ?









