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Cadrage : Un débat incontournable

Dans cette période pré-électorale, il est tout à fait légitime d’ouvrir les grands dossiers qui concernent le présent et le futur de la nation. Parce que demain les députés qui seront envoyés au parlement parleront au nom du peuple et ils se doivent, aujourd’hui en tant que candidats ou porte-parole de ceux-ci s’exprimer sur les sujets de préoccupation des citoyens et sur leurs soucis. Le débat sur les mouvements islamistes en général et plus particulièrement sur certaines de leurs dérives ou dégénérescences est important dans la mesure où il interpelle tout le monde sur la place de la religion dans la cité, ses relations avec la démocratie, l’organisation de ses autorités administratives, scientifiques et spirituelles, la préservation des droits individuels, l’adaptation du dogme aux impératifs de développement, etc.
Cependant, on assiste à une approche très réductrice de ces questions décisives et qui engagent l’avenir de la Nation et préfigurent les contours du projet de société tel qu’il se construit avec l’apport de l’ensemble des forces vives du pays : forces politiques, structures administratives, autorités scientifiques, religieuses et spirituelles, société civile. Cette réduction se manifeste sous forme de deux binômes. Le premier est celui qui oppose d’un côté les mouvements islamistes politiques qui voient dans tout débat sur les dérives de l’islamisme un calcul électoraliste à leurs dépens, et de l’autre des formations partisanes, de gauche notamment, qui tentent, en exagérant l’ampleur des dérives et dérapages sous couvert de religion, de tirer un profit politique immédiat de la situation, surtout que la compétition électorale imminente risque d’être très éprouvante pour les dites formations.
Le deuxième binôme est celui qui met face à face les mouvements et groupuscules mis en cause d’un côté et les forces de l’ordre, de l’autre. Là aussi, c’est une forme de réduction dangereuse, dans la mesure où le reste de la société semble observer une attitude d’observateur passif vis-à-vis d’évènements qui touchent directement ses croyances, sa sécurité, son droit à l’expression et au libre arbitre.
En fait, on est tout d’un coup confronté aux conséquences d’un certain nombre de négligences et d’attitudes vaseuses de la part tant des pouvoirs publics et des forces de l’ordre, que de la classe politique et des autorités morales de quelque nature qu’eles soient, vis-à-vis de la question religieuse en général et de ses rapports avec la politique et la démocratie. Il n’est pas d’opportunité mieux indiquée que celle d’une campagne électorale pour traiter de ce vaste débat de société dans lequel l’ensemble des acteurs devront s’exprimer pour d’abord préserver la place centrale de l’Islam en tant que marqueur identitaire essentiel de notre pays et en tant que système de valeurs de référence pour les Marocains.
Dans le même temps, il est indispensable de prémunir ce patrimoine commun et partagé de toute tentative de récupération, d’instrumentation ou de dénaturation, par un vaste débat empreint de tolérance, d’ouverture d’esprit et de pluralité dans l’approche et la sensibilité.

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