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Afghanistan : Il y a 25 ans…

Le renversement par des officiers proches de l’Union soviétique, en avril 1978, du président afghan Daoud, trop indépendant, n’avait pas suffi à Moscou: le régime communiste est déjà défié par les moudjahidine. Le 27 décembre 1979, une gigantesque rotation aérienne déverse des milliers de soldats soviétiques sur ce petit pays musulman du coeur de l’Asie cerné de montagnes désertiques. A Kaboul, les premiers combats interviennent et Amin est éliminé par les commandos spéciaux soviétiques, les « spetsnatzs ».
« Nous pensions que c’en était fini de l’Afghanistan, absorbé par l’Union soviétique. L’Armée rouge (…) n’avait jamais été vaincue », témoigne le général Mohammad Zaher Azimi, ancien combattant antisoviétique, actuel porte-parole du ministère de la Défense. Peu à peu toutefois, le moral des résistants se raffermit, encouragé par la mobilisation internationale. Armés par les Américaines, financés par les Saoudiens et assistés logistiquement par le Pakistan, la résistance se renforce et le jihad (guerre sainte) attire des combattants musulmans du monde entier. Alors que Moscou pense remporter une victoire aisée, l’Union soviétique s’enlise dans un conflit de dix ans, perdant 15.000 soldats et tuant près d’un 1,3 million d’Afghans. Jamais les Soviétiques ne réussiront à rompre les lignes d’approvisionnement de la résistance. L' »enfer » où sont envoyés quelque 620.000 soldats avant le retrait de 1989, participe à la chute de l’URSS, aux finances exsangues et à l’opinion démoralisée. Le 27 décembre 1991, douze ans jour pour jour après l’invasion, le drapeau rouge descend du haut du Kremlin. Ruiné, l’Afghanistan est aussi plus fracturé que jamais et la guerre civile ne tarde pas à éclater (1992-1996) entre factions ethniques. Il ne s’est plus jamais remis de ce sanglant conflit qui a fait fuir ses élites, créé six millions de réfugiés et détruit toutes ses infrastructures. Au-delà de ses frontières, le mythe de l’invincible Armée rouge est mort, vaincu par le mythe ben Laden.
Arrivé parmi des milliers de combattants musulmans pour soutenir la résistance, le Saoudien Oussama Ben Laden est « très charismatique », se souvient le général Azimi, qui l’a croisé à deux reprises en 1989. « Quel que soit le commandant qu’il rencontrait, il lui donnait de l’argent », ajoute-t-il en se remémorant une réunion qu’il a quittée avec un demi-million de roupies pakistanaises (7.000 euros) en poche. « Il était respecté par le Pakistan et les Etats-Unis et surtout, il prenait lui-même part aux combats personnellement », se rappelle-t-il. La guerre s’achève et les jihadistes rentrent au pays avec une « idéologie extrémiste » et la « certitude qu’ils peuvent vaincre n’importe quelle armée », explique le général.
C’est ainsi qu’au fil des années 1990 se répand leur soif de guerre sainte, d’abord à l’intérieur des Etats arabes puis hors de leurs frontières, jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis commandités par Oussama ben Laden depuis l’Afghanistan où le régime fondamentaliste des talibans instauré en 1996 l’a accueilli. Le 7 octobre 2001, les Etats-Unis bouclent la boucle de l’Histoire, déclenchant l’Opération « Enduring Freedom » contre ben Laden et ses alliés talibans. Aujourd’hui, l’Afghanistan espère que les « kharajis » (étrangers en dari) qui se sont tant déchirés autour de ce pays enclavé, maintiendront la présence et l’aide indispensables à sa reconstruction balbutiante.

• Michaëla Cancela-Kieffer (AFP)

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