La découverte est digne des meilleurs des mythes. Ce qui s’en est suivi n’est autre qu’une polémique que ne cesse de grandir. Une double découverte, celle d’une grotte datant de 350.000 ans et d’une source d’eau qui a suscité tant de rumeurs sur ses vertus thérapeutiques, qui a eu lieu près de Douar Larrissat, dans la Commune d’Ajdir à Taza.
Tout a commencé un jour d’été, en août dernier. Terrorisée par une tempête d’orage qui avait sévi l’été dernier dans la région de Taza, une chèvre, perdue, s’était réfugiée dans une grotte jusque-là méconnue, et dont l’ouverture, à chaque chose malheur est bon, n’a été rendue possible que grâce à la persistance de l’orage. Ayant pour objectif de dépister la chèvre perdue, le véritable SOS lancé dans le douar a abouti à la découverte de la grotte, baptisée Al Houria. «Les volontaires partis à la recherche de la chèvre n’ont pas tardé à la retrouver blottie contre l’entrée insolite de la grotte», nous rappelle Nabih Thami, pharmacien dans la ville de Taza et témoin de l’événement. Datant de quelque 350.000 années, la grotte n’a pas manqué de fasciner les visiteurs tant par sa fresque naturelle, composée de stalactites et de stalagmites. Natif de la région, Mohamed Boudlah, un passionné de nouvelles découvertes, a vite eu vent de la trouvaille. Avec quatres autres «collègues», c’est à lui que la tâche de pénétrer dans la grotte a incombé. «Au risque de nos vies.
Dans la grotte, nous avons été confrontés à des espèces de serpents que je n’avais encore jamais vus. Mais la découvertes en valait le risque», nous raconte-t-il. Plus fascinant encore, la découverte, à l’intérieur de la grotte, d’une source d’eau. Et c’est de là que tous les tracas sont venus. A peine découverte, la source, dont le débit dépasse les 12 litres par minutes, a commencé à faire parler d’elle pour ses vertus thérapeutiques. Considérée, comme ce fut le cas pour bien d’autres sources au Maroc, comme une eau miraculeuse, elle a fait l’objet d’une véritable ruée. Un engouement qui a vite dépassé la simple région de Taza pour couvrir toute la région du Nord. Non seulement cette eau s’est substituée à celle du robinet, et même les différentes marques d’eau minérale sur le marché, mais elle a été source d’un véritable commerce.
Des particuliers, habitants de la région comme venant d’autres villes et villages du Nord, ont fait de l’exploitation et le transport de l’eau de cette source leur métier. Jusqu’au jour où, un beau matin et sans préavis, des agents d’autorité, sur ordre du président de l’arrondissement d’Aknoul, sont venus enterrer la source. L’indignation est générale. Les opposants à une telle fermeture sont légion. Parmi eux, le conseiller communal Mohamed Faouzi qui dit avoir fait l’expérience thérapeutique de cette eau, au même titre que quelques centaines de personnes. «J’avais moi-même un mal de dos auquel je ne trouvais aucun remède. Jusqu’au jour où j’ai bu de cette eau. Passé quelque temps, mon malaise avait disparu », dit-il. Et de marquer par là même son étonnement de voir la source fermée tout en accusant «certains responsables » de l’avoir fait suite à des pressions qu’ils auraient subies de la part de certains représentants d’entreprises spécialisées dans la commercialisation d’eau minérale. Une réaction partagée par d’autres protestataires qui n’ont pas manqué de manifester contre cette décision. Les responsables de la préfecture de Taza y ont répondu en mettant en avant le risque que cette eau ne soit pas potable. Un risque auquel seule la science peut apporter une réponse précise.
Contacté par ALM, Larbi Drissi, directeur par intérim de l’Institut national d’hygiène, est catégorique : l’eau, en elle-même, ne représente aucun danger de santé publique. «Tout ce qu’il y a, c’est que le taux de sulfates que cette eau contient est légèrement supérieur à la norme marocaine. Il peut certes entraîner un effet laxatif pendant les premiers jours de sa consommation. Mais passés 4 ou 5 jours, cette effet disparaît», déclare-t-il. Si un danger propre à la composition physique ou chimique de l’eau n’existe pas, Dr Drissi ne se dit pas moins favorable à la fermeture de la source. « Non seulement l’eau est dénuée de tout élément ou matière à même d’en faire une eau à caractère thérapeutique, mais les conditions d’hygiène entourant son exploitation et son transport constituent un risque majeur d’émergence de germes et de contamination qui peuvent même entraîner de petites épidémies », précise-t-il. On se rappelle dans ce sens l’incident d’il y a quelques années, survenu au niveau de la région d’El Jadida et où, croyant aux vertus thérapeutiques contre le diabète, certains diabétiques avaient abandonné leur traitement médical et se sont contenté, de boire de cette eau. Un recours qui a entraîné des décès.
La fermeture de la source paraît compréhensible, une eau, de surcroît contaminée, ne pouvant en aucun cas faire office de traitement médical. Mais la manière dont la source de la grotte Al Houria a été enterrée, et l’absence de mesures de sensibilisation et de communication qui a marqué l’exécution de cette décision n’en reposent pas moins la question des rapports qui règnent entre les autorités locales et la population.









